sentier d’écriture à Salviac

Voici quelques textes écrits, suite à un atelier qui pourrait s’intituler:  “sentier d’écriture à Salviac”, il s’agit de prendre des notes tout en se promenant dans le village en observant plus longuement certains espaces: celui de la fontaine, les anciennes tanneries, le lavoir,  la chapelle, le cimetière…

Au retour, chacun écrit ses impressions: ce qu’il a vu, ressenti, entendu etc…

1) Salviac sur ourajou

Autour de l’église/chateau, dans les ruelles étroites, où sont donc passés les bancs et les chaises où les anciens s’asseyaient pour palabrer en regardant les moutons rentrer au bercail?Les voitures les ont remplacés.

Vestige de cette époque révolue, s’écoute le glouglou de la jolie fontaine où désormais l’eau est “non potable”Quant à l’odeur du pain frais, il faudra revenir demain, c’est jour de congé!

Passé et présent, l’imagination et la nostalgie se réveillent.

Des noms évocateurs parlent certainement à la mémoire des locaux:Tatou, philosophe,le pont du melon, quel melon? On a même réussi à faire pousser des parpaings à côté du lavoir du village, autrefois lieu de rencontre privilégié des lavandières.Un sentier bucolique sur le chemin de Saint Jacques débouche sur la chapelle depuis laquelle le saint regarde le clocher.

La maison de mme Bovary nous attend au tournant .Erreur!Nous ne sommes pas en Normandie, mais en Bouriane,dans le sud-ouest, comme en témoignent les noms figurant sur les tombes du cimetière. Quelques abris de zinc, dans les allées étroites, voisinent avec des monuments des siècles passés, cernés de grilles de fer et les tombeaux de granit contemporains.La cloche de l’église dans le lointain, ne parvient pas à troubler le chant des grenouilles dans une mare voisine. Les classes sociales s’affichent encore après la mort .

Les corbeaux ralent, alors que je m’arrête devant le monument de marbre blanc d’un artiste contemporainoù figurent déjà les noms des futurs locataires à perpétuité.

Le passé, le présent, l’avenir….synthèse d’un village.

Francine

 

2)  De ruelles en jardins,
       De lavoir en ruisseau,
     Suivant votre chemin,
  Ecoutant le bruit des chutes d’eau
       Et le gazouillis des oiseaux
Vous verrez les vestiges,lointains témoignages,
       Que nous ont laissé nos aïeux:
                Fontaine
                 Chapelle
           Ancienne tannerie
     Hôpital  des pèlerins de Compostelle
Mais aussi, un peu de Philosophie et quelques graffitis.
Tout ceci, au milieu des rosiers odorants, des iris , des herbes folles et des arbres fleuris…
 Sans oublier ici et là, le croassement lugubre d’un corbeau.
Vous finirez au cimetière,parmi les tombes
              de marbre gris,blanc ou rose
              parfois en fer forgé,habilement travaillé
              concessions à perpétuité
              caveaux monumentaux
              ou simples croix de bois
     Souvenir,souvenir, partout des souvenirs…
Que de souvenirs vous aura laissé ce “sentier d’écriture “
Josette

3) Parfum de printemps,

Jour humide, ciel chargé,

Le lion de métal, son poitrail recouvert de mousse,

Crache l’eau en puissants borborygmes sonores

Derrière la fontaine, le temps s’est endormi

Façades décrépies, vieilles devantures aux carreaux cassés, toiles d’araignées,

Une pancarte : « il est interdit de cueillir les fleurs »

Au-delà du ruisseau, des grilles, un jardin

Iris, pavots et ancolies

Petites touches de couleurs lumineuses

Invitation au repos,

Tout est vert, très vert,

« Rue du Lavoir », « Chemin des tanneries »

Le chant de l’eau

Le lavoir : mon enfance, ma grand-mère,

Les paniers d’osier tressé, chargés de draps blancs,

Les bavardages entre voisines,

Souvenirs

Chants d’oiseaux, le rire d’une cascade…

Je pousse la porte,

Tout est gris, très gris,

Fleurs de plastiques décolorées,

« Famille Courbès, Villars, Fernandez »

« Familles Delmon, Louis, Rosalie, Edouard »

Vases vides, Christ regardant le ciel, pierres moussues, photos effacées,

Souvenirs,

Ici, pas de nom…

Là,… c’est Maurice,

Décédé le 13 février 1916, âgé de 19 ans,

Le lieu est calme, en paix,

Invitation au repos ?

Je repars,

Tout est vert à nouveau, très vert,

Le printemps me crie à la face,

Le chant des oiseaux outrageusement bruyant,

Un chardon, un pissenlit transpercent le bitume,

Je lève la tête,

Numéro 87, rue de la Chapelle…

Famille Lapouge,

André

Vivant.

Evelyne

4) Quelques arbres aux jeunes feuilles printanières regardent, avec respect l’immense église St Jacques, qui domine le village. Tout autour gravitent de nombreuses ruelles étroites…la boulangerie Bonpain est fermée, place Cambornac, ce n’est pas jour de marché….la Fontaine par contre est bien à sa place: place de la Fontaine, entre le pigeonnier d’Adrienne et la rue de La Chapelle. L’eau précieuse coule toujours, autrefois, les femmes venaient remplir leur “peyrolle” de cuivre qu’elle portaient sur la tête, les moutons eux,venaient s’abreuver de l’autre côté….
Aujourd’hui, on la regarde, au plus, on la photographie…. Encore mieux, on y écrit!
Rue de La Chapelle, on peut voir courir le ruisseau de Pâques, qui permettait le traitement des peaux par les tanneurs…. Tatou, le philosophe local, qui faisait fonction de crieur public, les regardent, impertinent, il chante pendant que les autres travaillent….Il était réputé comme porte bonheur, une jolie façon de mettre en valeur son innocence….
Ça sent bon la menthe, l’origan, le cresson, on longe le chemin des tanneries où logent les bruyantes grenouilles avec leur têtards qui frétillent sous la verdure, ici, tout est humide, sombre et froid, la végétation est luxuriante et arrogante…
Au lavoir, les lavandières s’informent, agenouillées, penchées en avant,elles tapent le linge avec leur battoir, elles savonnent, elles frictionnent et frottent vigoureusement
Du petit pont où coule l’Ourajou, on aperçoit le château Lacoste, éclairé par les rayons filtrés’… Au bout du chemin mouillée, la route du Bascoul qui mène à La Chapelle d’Olm, fréquentée par les pélerins qui séjournaient tout près, à l’hôpital qui les accueillaient
Plus haut, toujours plus haut, avec les villages: Moncalou, Aurimont, Pechahut, Pechcouret , les pancartes s’accumulent stationnées au même endroit à côté du cimetière, dernière escale, dernière visite…
Les familles Baudet, Delpech, Mercadier, Bousquet, des noms bien d’ici, qu’on entend résonner dans nos têtes avec l’accent, celui, qu’on entendait, il n’y a pas si longtemps dans les foires et sur les marchés…. Où sont ils tous ces Salviacois? Ils sont tous enterrés là, avec des petites pensées, des petits mots , des petites phrases:” Le fil n’est pas coupé, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin” ….
Et c’est là, que nos chemins se séparent….
Marie Thérèse

 

2 commentaires pour “sentier d’écriture à Salviac

  1. cathben
    lundi, 25 mai 2015 à 11:13

    De jolis témoignages d’une balade dans un village où se mêlent passé, présent et avenir … Comme Francine a raison : les classes sociales continuent à s’afficher après la mort !
    Catherine

  2. Anne-Marie Mamet
    jeudi, 21 mai 2015 à 11:24

    Très belle initiative, ce “sentier d’écriture” donnant un aspect insolite du village. Anne-Marie (La Grange aux Livres)

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