Geneviève Dreyfus-Armand, une cadurdienne, retrace l’arrivée des réfugiés Espagnols en France

geneviève DreyfusConservateur général honoraire, ancienne directrice de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, Geneviève Dreyfus-Armand a mené nombre de travaux au sujet de la guerre d’Espagne. L’ouvrage « L’Espagne, passion française (1936-1975) – Guerres, exils, solidarités » qu’elle co-signe avec Odette Martinez-Maler a été louangé par France Inter, France Culture et sélectionné par Télérama, comme « le livre d’histoire à offrir ». À Cahors, où elle réside, nous avons rencontré Geneviève Dreyfus-Armand.

De l’accueil à la répression…

Geneviève Dreyfus-Armand retrace l’arrivée des réfugiés Espagnols en France, dès 1936, au fur et à mesure que les franquistes prenaient les régions. Ils seront 170 000, à trouver refuge dans l’hexagone. Sous le Front populaire et jusqu’au début du soulèvement franquiste, les autorités se montrent soucieuses d’accueillir les réfugiés. « Les préfets avaient reçu l’ordre de recenser des locaux de manière à pouvoir assurer une répartition des populations sur le territoire de plusieurs départements. » rappelle Geneviève Dreyfus-Armand, mettant en exergue les actions menées par les associations, des partis politiques et surtout de nombreux particuliers.

Or, à partir d’avril 1938, lors du changement de gouvernement, sont votées des lois de nature répressive à l’encontre des réfugiés, lesquels se voient qualifiés « d’indésirables ». Dès lors, ceux d’entre eux qui n’ont pas trouvé de pays pour les accueillir, seront assignés à résidence, avant d’être internés dans des camps, lesquels serviront par la suite, pour d’autres étrangers, considérés eux aussi, comme « indésirables », notamment les juifs sous l’Occupation. « Une démocratie est toujours fragile, dès lors qu’elle est confrontée à cette question de l’autre, du réfugié, qui fuit un pays en guerre, un pays où il est persécuté. » observe l’historienne.

Quand les démocraties se rangent du côté du plus fort…

La grande vague des réfugiés espagnols se produit à la fin janvier 1939. La chute de Barcelone va entraîner une fuite éperdue des civils, face à la répression. Ces réfugiés sont rejoints par des militaires, persuadés que la situation n’irait qu’en empirant. Près de 500 000 personnes sont concernées.

Histoire tragique de ces hommes et de ces femmes, vaincus en Espagne par les franquistes, soutenus par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. « Aucune négociation n’a été possible, les opposants étaient considérés comme l’ennemi absolu, qu’il fallait exterminer. » insiste Geneviève Dreyfus-Armand. Les démocraties, telles la France, l’Angleterre, les USA… n’ont pas soutenu les opposants à Franco, reconnu « légitime », dès février 1939, avant même la fin de la guerre. Les Républicains espagnols ne bénéficient d’aucune protection et se retrouvent parqués dans des camps. Leur retour en Espagne devient illusoire. Durant la Seconde guerre mondiale, ils participent à des formations militaires françaises, y compris dans la Résistance. N’empêche, en 1945, les alliés optent pour un statut quo en Espagne. La période de la guerre froide permettra à Franco d’être introduit à l’Unesco et à l’Onu.

« Malgré tout, s’exerce énormément de solidarité, de la part de la population française, qui a su intervenir tout au long de la période et plus encore, après la Seconde guerre mondiale » poursuit Geneviève Dreyfus-Armand. Nombreux ont été les Français admiratifs de ce qu’avaient réalisé ces Républicains espagnols, dans leur pays, puis en France, sur tous les fronts ; ils avaient un idéal, des valeurs démocratiques, un goût de la liberté et de la culture ! Ces réfugiés se sont alors peu à peu intégrés dans la société française, même si au fond d’eux-mêmes, ils caressaient l’idée de rentrer un jour au pays. Dans bien des cas, leurs enfants connaîtront une ascension sociale.

Certes, une partie de la population a été effrayée de leur arrivée, qu’elle considérait comme « dangereuse, inquiétante », avant de se rendre compte que « tous ces réfugiés se sont fondus dans la société, en l’enrichissant », ce qui a été le cas, pour le Grand sud-ouest.

Dans le même temps, l’Espagne s’appauvrit avec tout un pan de la société qui s’en est allé, avec le départ de fonctionnaires, enseignants, militaires de carrière, intellectuels, etc.

S’en suit une nouvelle vague de migrants espagnols dès le début des années 60, cette fois-ci pour des raisons économiques, « mais aussi, parce qu’ils ne se sentaient pas libres » ajoute Geneviève Dreyfus-Armand. « Je reste admirative par le destin que ces hommes et ces femmes ont assumé avec beaucoup de courage, de fierté et de dignité. » confie-t-elle.

Les pages se tournent avec en filigrane toutes les solidarités qui se sont exercées de part et d’autre de la frontière. L’auteur insiste : « N’oublions pas non plus, les Français qui sont allés combattre en Espagne contre les franquistes et les Espagnols qui ont combattu en France aux côtés des alliés et dans les maquis. Belles solidarités réciproques ! »

Qui sait, de quoi demain sera-t-il fait, pour nous ?

À l’époque, les pouvoirs publics ont géré la situation de façon improvisée. Les femmes, les enfants et les vieillards ont été placés dans des refuges disséminés à travers la France, les hommes se sont retrouvés dans des camps, qu’ils ont dû eux-mêmes aménager. Quelque temps après, ce sont des Français qui ont connu l’exode…

« Il ne faut pas penser qu’on peut être à l’abri de tout, car l’histoire montre que peut-être un jour viendra notre tour. Il faut porter beaucoup d’attention, envers les réfugiés. » recommande Geneviève Dreyfus-Armand.

Généreuses manifestations de solidarité de la part de nos compatriotes qui se sont occupés des enfants, en assurant des cours d’alphabétisation, en dispensant des soins. « Les réfugiés espagnols avaient une très grande admiration pour la France, le pays des droits de l’homme, une terre d’asile, ce qui ne semble pas être vraiment le cas pour la majorité des réfugiés actuels. Un pays qui s’affiche 5e puissance mondiale, pourrait peut-être mettre en place un accueil qui soit décent. » ajoute-t-elle.

La plupart des Républicains espagnols ne souhaitaient pas rester en exil, leur objectif étant de rentrer chez eux, le moment opportun. Pour certains, cette période a représenté, dix ans de guerre, de la prison, de l’internement, voire de la déportation. Or, tous ces réfugiés ont fait preuve d’une extrême dignité.

Que dire du rôle des chrétiens

À l’instar de la hiérarchie catholique d’Espagne, la majorité des catholiques se sont montrés méfiants par rapport aux revendications des Républicains. Néanmoins, des voix éminentes se sont faites entendre. Georges Bernanos et François Mauriac, au début du côté des franquistes, n’ont pas tardé à s’indigner, contre une guerre « faite au nom de la religion chrétienne », refusant que cette extermination puisse être menée, en son nom. Jacques Maritain, s’est élevé lui aussi, contre la prétention des franquistes à faire une guerre sainte. Catholiques et protestants sillonneront les camps pour aider les réfugiés.

L’histoire montre le rôle éminent de diverses associations et de particuliers, permettant à tous ceux qui le souhaitaient, de faire souche à travers le grand Sud-ouest. Autant d’hommes et de femmes, qui ont enrichi notre société, l’économie locale et nationale, jusque dans le sport et la culture.

En nous rappelant fort à propos, qui ont été ces réfugiés Espagnols, Geneviève Dreyfus-Armand nous donne les clés pour comprendre, ceux-là mêmes qui frappent à nos portes aujourd’hui, donnant ainsi à son ouvrage, un caractère incontournable.

Dédicace
Vendredi 4 décembre, à la librairie Calligramme, 75 rue Joffre à Cahors, rencontre-dédicace avec Geneviève Dreyfus-Armand, dès 18 heures.

Jean-Claude Bonnemère La Vie Quercynoise

1 commentaire pour “Geneviève Dreyfus-Armand, une cadurdienne, retrace l’arrivée des réfugiés Espagnols en France

  1. Jean-Yves BRUNERIE
    vendredi, 11 décembre 2015 à 09:19

    Epoux de la fille d’une famille chassée d’Espagne par les fascistes de Franco, j’ai pu partager leur cheminement d’intégration exemplaire au sein de la société française. Je vais donc aller à la rencontre de votre ouvrage, curieux de découvrir comment vous témoignez de ces espagnols, dépouillés de tout, humbles , travailleurs et fiers et devenus français .

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