la Fédération de Pêche du Lot. « On est dans la même situation qu’en 2003 mais avec un mois d’avance”

TruitesLes pluies du week-end dernier n’ont pas changé la donne… Peut-être ont-elles un peu rafraîchi l’eau des rivières et des plans d’eau lotois…

Le département du Lot est confronté depuis le printemps à deux phénomènes qui se cumulent : des températures très élevées (les records de l’été 1976 ne sont plus très loin) et une pluviométrie très faible.

Le département a d’ailleurs battu un record cette année, celui du nombre de jour sans pluie (soit un millimètre d’eau minimum par jour) sur les mois de juin et de juillet.

Le précédent record était de 26 jours, le nouveau est de 28. Le record en cours a été stoppé par les pluies du week-end dernier.

Des débits très bas

Les différents cours d’eau du département sont particulièrement touchés par cette situation. D’où les arrêtés préfectoraux qui interdisent tout prélèvement d’eau dans certains d’entre eux*.

Comme d’habitude, les cours d’eau du Quercy Blanc et de la Bouriane sont les plus durement touchés. De nombreuses rivières ont vu leur débit être divisé par deux, trois au quatre au fil des semaines !

Il faut désormais attendre les pluies de l’automne pour que les cours d’eau lotois retrouvent un débit normal.

Les rivières Lot et Dordogne sont moins concernées, car elles bénéficient d’un soutien d’étiage à partir des barrages. Cela permet de maintenir un niveau d’eau minimum, pour ne pas trop perturber les activités de tourisme comme la navigation.

Un mois d’avance par rapport à 2003

Ces conditions climatiques ont des effets sur bien des organismes vivants, dont les poissons. « C’est impactant pour les milieux aquatiques » précise Patrice Jaubert, directeur de la Fédération de Pêche du Lot. « On est dans la même situation qu’en 2003 mais avec un mois d’avance. Si on a un mois sans pluie, les problèmes seront plus graves… »

La température des rivières et des plans d’eau augmentent très fortement. Il n’est pas rare que l’eau atteigne les 26 ou 28°, comme dans le Lot par exemple.

Les impacts peuvent être plus ou moins négatifs suivant les cours d’eau et les espèces de poissons. Certains cours d’eau comme le Lot vont voir leur vie aquatique être « boostée ». Les espèces comme le brochet, la carpe ou la perche s’adaptent bien à la hausse de la température de l’eau. La chaleur et la lumière vont permettre aux algues et au plancton de se développer, offrant plus de nourriture aux poissons, dont les populations vont se développer.

à l’inverse, certains poissons souffrent davantage de ces températures élevées. « Les espèces d’eau vive, comme la truite, sont les plus touchées. La truite a besoin de beaucoup d’oxygène. Plus l’eau est chaude, moins l’oxygène est dissous dans l’eau. Quand la température de l’eau atteint les 20 à 21°, cela génère du stress chez la truite. Elle peut arrêter de s’alimenter. On peut arriver jusqu’à la mort si la situation dure plus de trois semaines à un mois. Ce phénomène concerne les jeunes truites, âgées de quatre-cinq mois à un an et demi. Les truites plus âgées arrivent à mieux s’adapter » continue Patrice Jaubert.

Les techniciens de la Fédération de Pêche du Lot sont donc particulièrement attentifs à ces truites de source sauvage venues de la Dordogne. « Nous sommes très vigilants pour maintenir les poissons en vie. On fait des observations régulières. On pratique aussi la pêche électrique de sauvetage. On prélève les truites pour les transporter ailleurs dans des eaux plus clémentes, sur un affluent qui a un débit pérenne » explique Patrice Jaubert.

Des opérations de sauvetage ont été menées la semaine dernière sur le Céou. « Ce sont des opérations de dernier recours. On ne fait pas ce type d’opération tous les ans. »

Quels impacts sur les populations de poissons ?

Les conditions météorologiques actuelles vont sûrement avoir des effets sur les populations de poissons de nos rivières. « Nous n’avons pas eu d’alerte de mortalité pour l’instant » tient à préciser Patrice Jaubert.

Un des rôles de la Fédération de Pêche du Lot est de réguler ces populations. Une des solutions est de relâcher des alevins pour repeupler une rivière, plusieurs semaines après des phénomènes climatiques de ce type.

La solution n’est pas aussi simple pour les populations de truites de souche sauvage. « On ne veut pas perturber ces espèces sauvages en mettant du poisson d’élevage. En 2003, on a perdu une génération de truites sur certains cours d’eau. Seule la nature peut rattraper ce phénomène. D’où l’importance de créer des passes à poissons pour permettre aux géniteurs de la Dordogne de remonter. Il faut créer une libre circulation entre les cours d’eau. Nous intervenons à ce niveau-là pour faire comprendre l’importance de ces passes à poissons. La situation est inquiétante mais pas catastrophique. »

Marc Louison La vie Quercynoise