La quasi-totalité des pays du monde a signé l’accord de Paris sur le changement climatique

cop212La COP21 est un succès pour avoir uni tous les pays de la planète (hormis une poignée, dont la Corée du Nord) dans une même croisade climatique. De plus la conférence de Paris a marqué une implication exceptionnelle de tous les acteurs de la société civile : les associations, les particuliers, les collectivités locales, les entreprises. Si on devait, par miracle, échapper à un dérèglement climatique majeur, ce serait surtout à ceux-ci qu’on le devrait.

Depuis 20 ans les scientifiques nous disent qu’il faut éviter l’emballement du réchauffement climatique, c’est à dire réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 à 70%, sinon on ne contrôle plus rien.

Il y a 6 ans, l’échec de Copenhague a été largement du au fait que les pays riches et les pays “en développement” n’ont pas pu s’entendre: Les gaz à effet de serre sont le fait des pays riches et les pays pauvres en subissent les conséquences.

A Paris, on a changé de méthode, chaque pays a proposé des contributions volontaires, par conséquent, 186 propositions ont été faites. Les contributions ont été intégrées dans un cadre collectif et tous les 5 ans ces contributions seront révisées à la hausse.

Les résultats

Limiter le réchauffement  “bien en deçà de 2 °C”

Le texte propose de limiter la hausse de la température « bien en deçà de 2 °C » par rapport à 1.880 et de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse de la température à 1,5 °C », ce qui impose de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre (GES) en prenant des mesures d’économies d’énergie, en investissant dans les énergies renouvelables, en reboisant les forêts…

Il n’y a aucun objectif chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il est simplement convenu que celles-ci devront atteindre «un pic aussi rapidement que possible», étant entendu que les pays en voie de développement l’atteindront plus tard, et qu’elles devront ensuite décroître rapidement pour atteindre un niveau où elles pourront être intégralement capturées par la végétation et les océans (c’est ce qu’on appelle la neutralité carbone) dans la 2e moitié du XXIe siècle. Cette trajectoire est loin d’assurer que le réchauffement ne dépassera pas 2°C mais l’avenir de l’industrie fossile (charbon etc… ) étant devenu improbable, les investissement dans ce secteur deviennent peu intéressants.

Entre 2009 et 2014, les 25 premières banques mondiales ont consacré 847 milliards d’euros au financement de projets liés aux énergies fossiles contre 89 milliards seulement aux énergies renouvelables

Sur 195 pays, 186 ont annoncé des mesures pour limiter ou réduire leurs émissions de GES à horizon 2025-2030. Mais même si elles étaient respectées, la hausse du mercure serait ramenée à environ 3 °C.

Le texte évite le terme de « neutralité carbone » auquel s’opposaient des grands producteurs mondiaux d’énergies fossiles comme l’Arabie saoudite ou l’Inde.

De nombreux pays, notamment les États insulaires menacés par la montée du niveau de la mer, mettent en avant qu’ils sont en danger dès + 1,5 °C.

Mise en place un mécanisme de révision des engagements

Pour le moment, les réductions d’émissions promises de façon volontaire par 186 Etats sont trop faibles  pour rester sous les 2°C.c’est pourquoi un mécanisme de révision des engagements nationaux devra avoir lieu tous les cinq ans et chaque révision « représentera une progression » par rapport à la précédente. La première révision obligatoire aurait lieu en 2025, après un bilan de l’action collective en 2023. Les ONG jugent ce mécanisme trop tardif pour espérer rester sous les 2 °C. Une première discussion sur les actions prises et à prendre est néanmoins prévue en 2018

Différence entre les pays riches et les pays “en développement”

Les pays riches ont  promis de verser 100 milliards de dollars par an dès 2020, pour financer les politiques climatiques des pays en développement mais ce versement reste toujours à l’appréciation des futurs donateurs, c’est un plancher, un nouvel objectif chiffré devant être défini au plus tard en 2025. L’Arabie saoudite, la Corée ou Singapour ne sont pas tenus d’abonder ce fonds.

Les pays développés « doivent être à la pointe et se doter d’objectifs de réduction d’émissions en valeur absolue », alors que les pays en développement « devraient continuer à améliorer leurs efforts » de lutte contre le réchauffement, « à la lumière de leur situation nationale ».

L’accord n’est pas contraignant et on ne voit pas trop comment il pourrait l’être. Il faudrait déjà être capable de mesurer exactement les émissions de gaz à effet de serre, ce qui n’est pas une mince affaire, même en utilisant des satellites. Mais, surtout, qui se chargerait d’imposer des sanctions au pays fautif ? Par exemple, qui oserait demander des comptes au géant chinois, qui encore récemment, a avoué qu’il avait sous-évalué sa consommation de charbon de plusieurs centaines de millions de tonnes ?

Cet accord n’est pas parfait, loin s’en faut mais il a réuni presque tous les pays et il a construit un cadre dans lequel poser les discussions futures. La pression de la société civile s’avère plus nécessaire que jamais.