Bait
BAIT VO
Grande-Bretagne 2026. Une comédie dramatique de
Mark Jenkin avec Edward Rowe, Simon Shepherd, Mary
Woodvine…
Durée : 1h29
Dans un village de pêcheurs au cœur des Cornouailles, la pêche se fait de plus en plus rare au
profit d’une activité touristique grandissante. Martin Ward, est un pêcheur sans bateau, son frère ayant transformé celui de leur père à des fins touristiques. Après la vente de leur maison familiale à de riches londoniens qui n’y passent que leurs vacances, Martin lutte pour conserver une place au sein de son village…
Les horaires
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| 19H00 VO | 18H15 VO |
Les critiques :
**** / ***** AlloCiné: 3.6/5 , SensCritique : 7.0/10
« Beau premier film permettant de considérer sous un autre angle le film qui lui sera postérieur mais que nous avions découvert antérieurement (nouvelle occurrence de perte de repères), Bait confirme Mark Jenkin comme un cinéaste à part, faisant de ses Cornouailles un réservoir original de récits troubles et troublants, et un lieu dont la rudesse contient en elle une indubitable force tragique tapie dans l’ombre mais toujours apte à surgir»
«Bait raconte les difficultés d’un pêcheur de Cornouailles, pour qui l’arrivée de vacanciers urbains est une calamité. Une satire sociale traitée sur un mode un peu expérimental, en 16 mm noir et blanc. Bien que sonore et dialoguée, l’œuvre renoue avec l’esprit du cinéma muet.»
«Bait se fait l’écho d’une lutte des classes sourde, entre ceux qui ont accès aux loisirs et ceux qui triment. Mark Jenkin ne déroule pas une histoire, il la sculpte, visuellement, et en restitue les éclats, grâce à un travail ciselé de montage (image et son).»
«Il est des cinéastes indéfectiblement rattachés à une ville, un lieu ou un territoire : Fellini ou Nanni Moretti et Rome, Kaurismaki et Helsinki, le canadien Guy Maddin et la (trop sous-estimée) ville glaciale de Winnipeg… L’encore méconnu mais infiniment singulier Mark Jenkin, lui, ce sont les Cornouailles. Cette région grande bretonne sauvage dans laquelle tout breton hexagonal, tout particulièrement finistérien, se sentira immédiatement comme chez lui tant ses falaises et ses petits ports de pêche hors du temps évoquent la baie de Douarnenez, le cap Sizun ou la pointe du Raz.
Du même réalisateur, l’incroyable découvreur de bizarreries cinématographiques ED Distribution avait déjà amené sur les écrans, il y a trois ans, Enys men – étrange OVNI à la lisière du fantastique qui évoquait le cultissime Wicker man (de Robin Hardy, 1973). Le même distributeur inspiré a aujourd’hui la merveilleuse idée d’exhumer un bijou inédit de Mark Jenkin, tourné avant le covid. Un film moins ésotérique, à la fois naturaliste et fantastique, mais dont la forme, aussi belle que perturbante, le range illico dans la catégorie (un peu fourre-tout mais alléchante) du « réalisme poétique » – dotée comme il se doit d’un solide fond social : il est ici question de gentrification et de la tentation d’un de ces petits ports de pêche, trop joli pour rester dévolu à son activité séculaire, de céder aux sirènes du tourisme.
Martin, gaillard aussi solide que taciturne, est un pêcheur sans bateau, depuis que son frère a repris le navire familial pour balader les touristes le long de la côte, une activité bien plus lucrative. De même, la maison de famille sur le port a été vendue à des riches Londoniens qui ne l’occupent qu’en villégiature, et louent en Airbnb l’annexe, ancienne remise à filets, à d’autres touristes moins argentés. Martin pratique donc la pêche depuis la plage, vend quelques bars au pub local, espérant économiser suffisamment – à l’ancienne : il met de côté des billets dans une boîte à biscuits – pour un jour racheter un bateau.
Bait met en scène la lutte de deux classes que tout oppose. Entre Martin, encombré de son vieux pick-up qu’il ne peut plus garer au port, et la famille de Londoniens et ses locataires estivaux, le fossé semble infranchissable. Aux gestes opiniâtres du travail très matinal de l’ouvrier (qui dérangent forcément les touristes, certes soucieux d’authenticité mais surtout de leur calme et de leur confort) s’oppose ceux, nonchalants, des vacanciers rangeant leurs bouteilles de mousseux au frigo en vue de leurs fêtes insouciantes.
Mais ce qui suscite réellement l’intérêt et la fascination pour le film, c’est l’opposition entre son propos moderne et sa forme intemporelle : son support, le 16 mm granuleux, et son format 4/3 « à l’ancienne », qui enferme l’action de manière théâtrale, sa prise de son en post synchro, ses plans serrés sur les visages et les mains, l’attention portée aux gestes – magnifiques quand Martin noue les nœuds de ses filets. Mais aussi son montage saccadé qui ose tout, ses flash-back ou flash-forward étonnants qui déstabilisent volontairement le récit. Et au-dessus des conflits des hommes, cette manière magnifique de filmer les paysages éternels en prenant son temps : tout cela rappelle furieusement quelques films inoubliables comme L’Homme d’Aran de Robert Flaherty ou son contemporain français Finis terrae de Jean Epstein, qui, au début des années 1930 inventaient en cinéma le réel sublimé. 90 ans plus tard, Marc Jenkin ressuscite et revisite magnifiquement le genre.»
