Collapse Face A Gaza
Peu après le 7 octobre 2023, Anat retourne dans ce qui était autrefois sa maison. Elle erre et filme
pendant plus de deux ans dans ce kibboutz incendié et sur des terres agricoles transformées en
machines de destruction. Au-delà de la clôture,Gaza est anéantie.
Les horaires
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| 17H30 VO | 19H00 VO |
Les critiques :
**** / ***** AlloCiné: 3.9/5 , SensCritique : 7.1/10
« . »Collapse (face à Gaza) » est un grand documentaire malgré la modestie des moyens qu’il emploie – Anat Even et sa caméra -. Ces paysages désertiques et ces scènes minimalistes crient le mal-être de la réalisatrice devant une guerre sanguinaire sans sens..»
«.Après le 7 Octobre, la documentariste a filmé durant deux ans le kibboutz de Nir Oz détruit où elle a grandi et la frontière non loin de la bande de Gaza. Entre documentation impossible des crimes commis et questionnements d’une société israélienne déchirée, elle livre un regard précieux et distancié.»
«C’est glaçant, inconfortable, mais nécessaire : un état des lieux qui hurle d’humanisme et prône une évidence (qui ne paraît pourtant pas si claire pour tout le monde) : « La guerre détruit notre avenir à tous ».»
«.En même temps qu’un impressionnant moment de cinéma, à la mise en scène sèche, précise, non seulement réfléchie mais en perpétuel questionnement sur le sens de faire des images pour évoquer l’indicible et invisible horreur, Collapse, de la réalisatrice israélienne Anat Even, est d’un courage moral et intellectuel remarquable. Anat Even a vécu de nombreuses années au kibboutz de Nir Oz, au nord-ouest du désert du Néguev, à proximité de la bande de Gaza – un des premiers frappés par le Hamas et ses alliés le 7 octobre 2023. Elle avait de nombreux amis dans ce lieu de vie, d’échanges et de culture, paradoxalement plutôt habité par des « colons de gauche », hostiles à Nethanyahou, à l’extension des colonies et à la répression aveugle du peuple palestinien. Ce jour-là, sur les 400 habitants de la communauté, plus de la moitié sont assassinés, enlevés ou portés disparus. Les premières images de Collapse errent dans les ruines désertées, où les impacts de balles, les vitres brisées, les façades noircies témoignent de l’horreur de l’assaut. Et là, malgré sa tristesse et son désarroi, malgré une douleur qu’elle ne cherche pas à dissimuler, la réalisatrice s’interdit d’enfermer son film dans la commémoration et le récit empathique des souffrances de ses compatriotes. Non qu’elle les ignore, bien au contraire, mais elle est parfaitement consciente que ce déferlement de violence n’est qu’un chapitre particulièrement effroyable de la longue et brutale histoire de la dépossession des terres du peuple palestinien. Tout comme elle est consciente de ce que va signifier la « riposte » de l’armée israélienne sur Gaza, de l’autre côté de la frontière toute proche. On ne parle pas encore de génocide en cette fin d’automne 2023 mais personne ne peut feindre d’ignorer qu’à l’image de la politique de colonisation continue des 80 dernières années, délestée de ses derniers vagues garde-fous par la doctrine messianique adoptée par Netanyahou, son ampleur sera – est déjà – terrible. Démesurée. Impitoyable. Inhumaine. Gaza martyrisée, déjà coupée du monde, interdite d’accès, privée d’image, interdite aux journalistes… Comment témoigner sans voir et (surtout) sans se substituer aux voix palestiniennes ?
Alors Anat Even l’observe sous tous les angles, cette frontière derrière laquelle elle est cantonnée – et au-delà de laquelle elle sait que les habitants ordinaires meurent sous les bombardements de « son » armée. Dont on voit au loin les volutes de fumée, dont on entend le bruit et le fracas. Mais ce qu’elle filme surtout, c’est la banalité de la vie israélienne qui continue, comme si de rien n’était – qui intègre l’horreur. Les tracteurs « pacifiques », qui creusent imperturbablement leurs sillons à une encablure des bombardements, croisent les chars de combat et les gigantesques bulldozers D9 destinés à aplatir en quelques secondes chaque bâtiment palestinien ; les hommages aux jeunes participants à la rave party, victimes du 7 octobre, qui sont instrumentalisés par des colons ultra, lesquels en profitent pour réclamer l’annexion et la judaïsation de Gaza ; une petite foule de « touristes » qui se masse sur un promontoire pour voir Gaza brûler par-dessus la frontière – comme on vient assister en famille à un feu d’artifice le 14 juillet… Anat Even filme surtout son intenable position, son impuissance à dépasser ce hors champ impossible qui lui est imposé. Elle donne la parole à un médecin palestinien qui lance un appel déchirant depuis Gaza, se raccroche à la voix d’Ariel Cypel, son coauteur installé en France… mais tout la ramène au dérisoire de sa démarche – plus que minoritaire, tellement isolée dans la société israélienne (son film est d’ailleurs une production 100 % française…). Néanmoins, à travers son obstination à s’opposer, à filmer l’immontrable, Anat Even nous donne à voir un acte de résistance puissant. Et fait la preuve, presque malgré elle, que l’espoir n’est pas mort.»
