Fjord
FJORD VO
Roumanie / France 2026. Un drame de Cristian Mungiu
avec Sebastian Stan, Renate Reinsve, Alin Panc…
Durée : 2h26
Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village au bout d’un fjord où ils se lient rapidement d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes. Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause…
Palme d’Or, Cannes 2026
Les horaires
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| 21H00 VO | 18H30 VO | 21H15 VO | 17H00 VO | 20H30 VO | 20H30 VO | 20H00 VO | 18H30 VO |
Les critiques :
**** / ***** AlloCiné: 3.9/5 , SensCritique : 6.7/10
« « Fjord » est un film vaste et total, porté par des acteurs éblouissants et par une mise en scène qui sublime un scénario brillant sans jamais surligner ce qui peut et doit rester silencieux. Indéniablement, l’un des grands moments de cette 79ème édition du Festival de Cannes, récompensé fort justement par la Palme d’or..»
«Loin du film réac que certains l’accusent d’être, « Fjord » ose exploiter au maximum l’ambiguïté dont est capable le cinéma pour interroger les limites de notre propre morale.»
«.Dans une mise en scène au cordeau, Cristian Mungiu déploie cette histoire dans les paysages magnifiques de Norvège, qui tranchent avec la noirceur du drame.»
«.Multi-primé à Cannes – dont deux Palmes d’Or, la première remontant déjà à près de vingt ans –, on a déjà beaucoup écrit sur Cristian Mungiu qui a réalisé relativement peu de films, un long métrage tous les quatre ans environ, à chaque fois écrit par lui et qui touche juste dans les méandres des contradictions morales de nos sociétés modernes. Autant philosophe que cinéaste, chacun de ses films relève de l’expérience de pensée, nous amène – dans un cheminement en fin de compte très socratique – à nous questionner, à douter et nous débarrasser de nos a priori et certitudes, sans jamais nous imposer sa propre vérité. S’appuyant sur des recherches toujours très documentées, Mungiu fait de chacun de ses films une allégorie ancrée dans le réel, comme autant de mythes de la camera obscura. Il écrit ainsi : « j’ai essayé d’apprendre, de douter et de comprendre ; j’aurais l’impression d’avoir échoué si Fjord ne faisait que confirmer au spectateur les idées qu’il avait avant de voir le film. »
Dans son précédent film, R.M.N., le cinéaste roumain dressait déjà de l’Europe le portrait linguistique chaotique d’une Babel moderne. Premier film situé en dehors de la Roumanie, l’histoire de Fjord se déroule en Norvège et quatre langues y sont parlées. Le casting est plus international et on y retrouve Sebastian Stan, américain d’origine roumaine, troquant la perruque orange trumpiste de The Apprentice pour une belle calvitie scolastique toute luthérienne, ainsi que Renate Reinsve, Norvégienne, que l’on a vue notamment dans le très beau Valeur sentimentale. Tous deux, Mihai et Lisbet Gheorghiu, forment avec leurs cinq enfants une famille bi-nationale aimante qui a tout de la famille modèle, des chrétiens évangéliques qui quittent la Roumanie pour s’établir en Norvège. Mihai est ingénieur, Lisbet travailleuse sociale, et même si très conservateurs, ils portent une attention toute particulière à l’éducation de leurs enfants, sans aucune forme de brutalité mais avec la volonté stricte de les protéger d’internet et de ses excès, leur inculquant des valeurs morales pour les protéger des dangers qu’ils perçoivent du monde extérieur. En bonne entente avec Mia et Mats, leurs voisins norvégiens, ils sont plutôt du genre à aider leurs prochains et à s’impliquer dans la communauté, Lisbet proposant son aide au vieux père handicapé de Mia. Leur fille Noora sympathise à l’école avec leurs deux ainés, en particulier avec Elia qui devient sa grande copine.
Et puis un jour, à l’école, une enseignante remarque un bleu sur l’épaule d’Elia et le signale par automatisme procédural à la représentante de l’institution de la protection de l’enfance norvégienne. Va alors se mettre en branle toute une machinerie qui, au nom de la protection et de la prévention, va retirer du jour au lendemain aux Gheorghiu la garde de leurs cinq enfants, sans qu’ils puissent s’en défendre. Procès, campagne de communication avec le soutien des autorités roumaines sur les réseaux, l’affaire va prendre une tournure délétère et internationale où chacun assène sa vérité sans jamais se remettre en question, avec les enfants au beau milieu découvrant à la fois la liberté qu’offrent les démocraties scandinaves mais aussi l’appareil aux mécanismes ouatés mais répressifs et normalisateurs des sociétés dites libérales. Car personne ici n’est exempt d’a priori, à commencer par la représentante de l’institution de protection de l’enfance dont on voit bien qu’elle n’apprécie guère le conservatisme de l’éducation des enfants Gheorghiu. Tous veulent le bien des enfants, mais chacun selon son prisme de vision du monde, et l’on est nous-mêmes pris à témoin, empêtrés dans le labyrinthe de nos propres préjugés. Où finit la liberté de conscience et où commence l’endoctrinement jusqu’à devenir instrument répressif ? Ces questions nous sont posées dans toute leur complexité dans ce film passionnant.
Bras de mer étroit, très escarpé, les eaux saumâtres d’un fjord proviennent du mélange entre de l’eau salée et de l’eau douce, mais la salinité et la température de ces deux eaux étant très différentes, elles se mélangent peu, à l’image de nos sociétés dites libérales, normatives et de plus en plus polarisées. À la veille de la rentrée scolaire d’une année très politique qui sera dominée par une vague caniculaire de manipulations et de post-vérités, on aura plus que jamais besoin de débattre avec sérénité et ouverture d’esprit, et ce vent de fraicheur philosophique scandinave est particulièrement bienvenu..»
