Le plastique envahit toujours les rayons…

Malgré les engagements et la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) de 2020, les supermarchés français peinent à réduire leur dépendance au plastique. C’est le constat accablant dressé par les associations Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea dans un rapport publié mardi, révélant un écart criant entre les promesses et la réalité en rayon.

Une enquête menée du 7 au 21 février dans 1 659 magasins de 11 enseignes (Carrefour, Leclerc, Intermarché, U, Auchan, Lidl, Aldi, Monoprix, Biocoop, La Vie Claire et Naturalia) montre que la réduction de 20 % des plastiques à usage unique, prévue pour fin 2025, n’a pas été atteinte. Pire : les ventes d’eau en bouteille ont progressé de 3,3 % en 2025, alors que la loi vise une baisse de 50 % d’ici 2030.

Les bouteilles, championnes du plastique :

Les eaux et boissons embouteillées représentent près de 40 % des plastiques à usage unique en grande surface. Certains distributeurs proposent jusqu’à 186 références de bouteilles via leurs marques propres, et les mini-formats (<50 cl), particulièrement polluants, sont présents dans 81 % des magasins.

Fruits et légumes : le vrac en recul, le plastique en embuscade L’étude pointe aussi le suremballage des produits frais : 60 % des fruits et légumes non bio sont vendus sous plastique, un chiffre qui grimpe à 91 % pour le bio (dont la moitié sous plastique). Seuls les magasins bio font figure d’exception, avec 90 % de vente en vrac. À l’inverse, les enseignes traditionnelles et le hard discount accusent un retard flagrant, avec une tendance émergente et critiquée : les légumes et fruits prédécoupés, souvent suremballés.

Un décret sur le vrac… trop tard ? Un décret publié fin 2025 impose aux commerces de plus de 400 m² de consacrer 20 % de leur surface au vrac d’ici 2030. Mais les associations dénoncent un recul actuel du vrac, ainsi qu’un recours encore timide au réemploi des emballages. Autre symbole de l’absurdité : l’apparition de masques à usage unique en sachet, une mode importée de Corée du Sud.

Réactions en demi-teinte Face à ces constats, les distributeurs tentent de se défendre. « Ce qui compte, c’est la tendance à la baisse et les efforts déployés pour 2030 », plaide Philippe Joguet, de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Coopérative U reconnaît les difficultés liées aux nouveaux modes de vie (snacking, praticité) mais promet de poursuivre ses efforts. « On n’a même pas amorcé la trajectoire », regrette quant à elle Lucile Buisson, de Que Choisir.

Pour No Plastic In My Sea, la hausse du coût du plastique, liée à la guerre en Iran, doit servir de déclic : « Il faut repenser globalement notre rapport au plastique », insiste Muriel Papin.

Les associations appellent à des mesures fortes : abandon des plastiques inutiles, priorité au réemploi, et promotion de l’eau du robinet comme alternative aux bouteilles. Un message clair : sans action immédiate, les objectifs de 2030 seront hors de portée.

Source : Aurélie Carabin (AFP)