Les éléphants Dans La Brume
LES ÉLÉPHANTS DANS LA BRUME VO
Népal / France 2026. Un drame de Abinash Bikram
Shah avec Pushpa Thing Lama,Deepika Yadav, Jasmin
Bishwokarma…
Durée : 1h43
Dans un village népalais niché au coeur d’une forêt peuplée d’éléphants sauvages vit une communauté kinnar aussi vénérée que crainte pour ses pouvoirs de bénédiction et de malédiction. Pirati, l’une des mères de la communauté, rêve de s’échapper avec l’homme qu’elle aime. Mais lorsqu’une de ses filles disparaît, elle doit mener l’enquête et choisir entre son désir de liberté et ses responsabilités envers sa communauté…
Prix du Jury, Un Certain Regard, Cannes 2026
Les horaires
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| 21H10 VO | 18H45 VO | 16H45 VO |
Les critiques :
**** / ***** AlloCiné: 3.7/5 , SensCritique : 6.8/10
« .Le réalisateur népalais Abinash Bikram Shah livre un premier long-métrage impressionnant de maîtrise et de puissance. Une aventure fascinante entre village et forêt sauvage, échappant à la carte postale folklorique en mélangeant les genres de cinéma et d’identité.»
«.C’est dans sa description scrupuleuse de la haine et des discriminations, dans l’exposition de leurs mille mécanismes des plus insidieux aux plus outranciers à tous les niveaux de la société, que « Les Éléphants dans la brume » subjugue et bouleverse.»
«Le cinéma népalais existe en dehors de Bollywood. La preuve par ce film d’Abinash Bikram Shah primé à Cannes, dans lequel une communauté transgenre, les Kinnars, se retrouve aux prises avec la fausse tolérance des villageois..»
«La brume du titre de ce film magnifique ne cache pas seulement des pachydermes sauvages qui traversent les forêts du sud du Népal, elle enveloppe aussi toute une communauté, ses rites, ses secrets… Pour son premier long métrage, Abinash Bikram Shah nous plonge dans l’univers des kinnars, personnes transgenres reconnues par les traditions d’Asie du Sud depuis des lustres : vénérées autant que craintes pour leurs pouvoirs spirituels, pour leurs dons de bénédiction ou de malédiction, elles sont néanmoins encore largement rejetées par la société, qui les tolère à la marge de ses frontières, tout en prenant bien soin d’en verrouiller les échanges.
Au cœur de cette communauté, Pirati règne en matriarche sur une famille qui n’a rien de biologique : ici, les liens se tissent à coups de rituels, de transmission et de protection. Une famille choisie, vivante, joyeuse, parfois cruelle, traversée de contradictions et de désirs. Pirati dégage un tel charisme, incarne si naturellement la responsabilité envers sa famille qu’elle est pressentie pour devenir le prochain guru veillant sur la communauté aux abords du petit village de Thori. Mais Pirati est aussi une femme tiraillée par ses propres désirs, notamment pour ce musicien avec qui elle rêve de s’échapper vers l’anonymat de la grande ville.
Tout va basculer lorsqu’Apsara, une des filles de Pirati, disparaît au cours d’une battue nocturne organisée pour éloigner les éléphants. Dans le village, personne ne semble vraiment pressé de retrouver cette jeune femme kinnar. Une disparition de plus, presque une affaire administrative, comme si certaines vies pouvaient s’effacer sans bruit. Pirati refuse de lâcher, insiste, se heurte aux hommes du village comme aux policiers. Retrouver sa fille devient alors un acte politique : réclamer qu’une vie kinnar, aussi marginale soit elle, puisse être reconnue comme une vie qui compte…
Les éléphants de cette brumeuse forêt, vénérés tant qu’ils se tiennent dans leur milieu, redoutés dès qu’ils s’approchent des cultures, des hommes et des plaines, composent un miroir troublant de la communauté kinnar : eux aussi sont sanctifiés et indésirables, admirés et chassés, admis tant qu’ils restent à leur place, tant qu’ils ne franchissent pas les limites tacites que la société leur impose, tant qu’ils ne viennent pas bousculer l’ordre établi. Et ces éléphants, aussi sauvages et craints soient-ils, ne sont pas sans rappeler Ganesh, dieu de la sagesse, de l’intelligence et de la prudence, qui permet de surmonter les obstacles et grand protecteur des âmes vulnérables.
Pourtant, pour son premier long métrage, Abinash Bikram Shah réussit le tour de force de ne pas transformer ses personnages en symboles, ces femmes vivent, s’aiment, se jalousent, se déchirent, se protègent. Leurs claquements de mains, loin de toute curiosité folklorique, deviennent tour à tour une langue de solidarité, de défi et de colère. Et le film navigue avec une liberté virtuose du drame social au polar, avec une pincée de conte mystique. La mise en scène accompagne ces tensions avec élégance. Les images font dialoguer la jungle noyée de brume avec des espaces urbains plus secs et menaçants. La nuit, les battues aux éléphants prennent des airs de cauchemar fantastique. Magnétique, Pushpa Thing Lama, actrice et militante népalaise, elle-même femme transgenre, est pour beaucoup dans cette alchimie. Sous ses yeux, le réel se trouble peu à peu : les frontières entre le sacré et le rejet, la famille et la solitude, la protection et la violence deviennent de plus en plus poreuses. Singulier, hypnotique, Les Éléphants dans la brume finit par brouiller les frontières qu’il s’attachait justement à questionner. La brume devient alors un espace de résistance : un territoire où celles et ceux qu’on voudrait invisibles retrouvent enfin une place.»
