« Nous avons à apprendre à vivre avec les Migrants »

.L’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) mène un inlassable combat en défendant les droits de l’homme dont les migrants tout près de nous.

On le sait. La misère, la guerre, l’oppression conduisent des milliers de personnes à quitter un jour leur pays. Leur route est longue et parsemée de toutes parts de dangers. Certains se retrouvent en prison, d’autres vivent même la torture. Enfin arrivés dans le pays des droits de l’homme, la souffrance n’est pas terminée. Certainement moins perceptibles, l’esclavage et la traite des humains concernent encore malheureusement des hommes, des femmes et même des enfants.

Les médias, tous les jours, parlent des étrangers qui fuient les violences de leur pays. Des Afghans, des Soudanais, des Albanais, des Irakiens, des Érythréens s’installent dans nos petites villes du Lot, tout près de chez nous.

Depuis plus de 40 ans, l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) intervient dans des dizaines de pays de notre continent pour aider les migrants, les condamnés, les torturés de ce monde. Rencontre avec Éliane Albinet, déléguée départementale à Cahors.

 

Les adhérents de la région ACAT (Aveyron, Lot et Tarn) se sont retrouvés à Dourgne pour leur rassemblement régional, le week-end du 22 octobre. Quel thème avez-vous approfondi ?

Cette année, le thème principal était « L’étranger dans le piège de l’esclavage, aujourd’hui en France ». L’intervenante nous a exposé un problème bien actuel sur la traite des humains à l’aide d’un court-métrage. C’est un sujet, hélas, d’actualité chez nous, en France : la traite des enfants à des fins d’esclavage domestique, d’exploitation sexuelle ou de mendicité forcée.

La traite des êtres humains est un fléau qui traverse les époques et les continents. Ses auteurs savent profiter des fragilités liées au contexte économique, social, géopolitique ou encore climatique. On ne peut pas rester indifférent.

 

Que propose l’ACAT pour mieux accueillir l’étranger en France ?

L’ACAT a lancé une campagne en novembre 2016 « Osons la fraternité, accueillons l’étranger » en partenariat avec l’Église protestante et le service jésuite des réfugiés.

Il faut écouter, comprendre et dialoguer. Réagir aux discours de peur. Des groupes locaux ont fait des expositions, des projections avec débats, des veillées de prières, des repas solidaires… un dossier pédagogique est à notre disposition pour aider les groupes. Il faut travailler en partenariat en fonction des ressources humaines disponibles.

 

36 % des Français (sondage de juillet 2016) acceptent la torture contre 25 % en 2000. Comment expliquer cette évolution de l’opinion ?

Peut-être par peur, par peur de l’autre, par rejet de l’autre quand il n’appartient pas à notre milieu familier. Plus d’un Français sur deux estime justifié de torturer une personne soupçonnée d’avoir posé une bombe contre une sur trois en l’an 2000. Dans un contexte marqué par les attentats de 2015, les résultats apparaissent préoccupants.

L’ACAT dénonce sans cesse la torture. Elle le fait dans des pétitions, des communiqués de presse et des rapports qui font référence.

Il faut rappeler sans cesse l’article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui dit : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » et en plus, à nous chrétiens, nous faisons référence à l’Évangile (Mathieu 25,40). Nous soutenons par nos lettres ceux qui sont emprisonnés et maltraités en rappelant aux États qu’ils ont signé des conventions (156 pays ont ratifié la convention de l’ONU contre la torture).

 

Votre action concerne-t-elle aussi l’aide aux migrants ?

L’aide aux migrants concerne aussi l’ACAT puisqu’elle touche les droits humains. Il faut travailler en partenariat avec d’autres ONG (Organisation non gouvernementale) car il y a des problèmes juridiques à prendre en compte et des compétences à avoir.

 

À la suite des attentats, dans les échanges autour de nous, on ressent une crispation, un rejet latent des migrants qui s’installent, proches de nous (à Cahors, Figeac, Gourdon). Que pouvons nous faire ?

Il faut d’abord écouter les sentiments d’inquiétude, dédiaboliser les phénomènes de peur, dire son opinion afin de changer le regard sur l’autre et de pouvoir en parler. Lutter contre les préjugés en informant sur la réalité des faits.

Ces migrants ne sont pas des agresseurs mais des êtres humains. Tous, eux comme nous, nous avons à apprendre à vivre ensemble. Il s’agit là d’un travail de longue haleine, pour des années. Si on veut se lancer dans l’accueil des migrants, il faut travailler en collectif d’associations qui ont une expertise et de multiples compétences (juristes, hébergement, alphabétisation, transport).

 

L’ACAT est-elle une association laïque ou revendique-t-elle une identité chrétienne ?

L’ACAT est une ONG de défense des Droits de l’Homme reconnue d’utilité publique. C’est une association œcuménique créée en 1974. Elle regroupe catholiques, protestants et orthodoxes ; tous les chrétiens ont reçu l’Évangile du Christ. Quelle que soit leur confession, ils s’unissent pour lutter contre les atteintes portées à la dignité de l’homme.

 

Chaque année, en juin, pour la journée de soutien aux victimes de la torture, l’ACAT appelle à devenir « veilleurs ». C’est-à-dire ?

L’ONU a déclaré que le 26 juin serait chaque année une journée internationale de soutien aux victimes de la torture. L’ACAT invite les chrétiens à devenir « veilleur » (dans la nuit du 26 juin) en portant dans leurs prières ceux qui sont entre les mains des bourreaux. Dans le monde entier, tous les veilleurs se sentent en communion avec tous ceux qui appellent au secours et croient en l’espérance.

 

Quels sont les groupes de soutien de l’ACAT dans le Lot ?

Dans le Lot, il y a une cinquantaine d’adhérents et quatre groupes locaux : Cahors, Figeac, Gramat et Saint-Céré. Tous les adhérents ne font pas partie d’un groupe (éloignement, âge…) mais sont fidèles dans les actions : réponses aux appels urgents adressés aux responsables politiques des pays concernant des cas précis de personnes emprisonnées, torturées. Nous recevons des appels du secrétariat national de l’ACAT.

Nous ne sommes jamais assez nombreux pour la dignité de l’être humain. C’est à la portée de tous d’écrire car le nombre de lettres reçues par les responsables politiques ou par les ambassades donne du poids à l’intervention.

 

Dans notre quartier, dans notre village, que pouvons nous proposer ?

Un des rôles de l’ACAT est de sensibiliser l’opinion publique. Cela peut être avec nos voisins, amis, famille, avec les personnes rencontrées. Suivant l’actualité, c’est opportun de donner son avis. Note combat ne progressera qu’en s’attaquant à ce climat général où la déshumanisation s’exprime par le refus de la fraternité. L’autre, quel qu’il soit, quoi qu’il ait fait, d’où qu’il vienne est notre frère en humanité.

 

ANDRÉ DÉCUP

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