Près de Toulouse développement du “coworking agricole”

A mi-chemin entre ville et campagne toulousaine, l’incubateur agricole “Le 100e singe” permet aux agriculteurs fraîchement reconvertis de se faire la main verte en limitant leur prise de risques, grâce à l’économie de partage

Au milieu de ses tomates, poivrons, aubergines et autres senteurs de saison, Sacha Danjou apprend le métier de chef d’exploitation. En pleine reconversion, l’ancien ingénieur en aéronautique a choisi le “coworking agricole” proposé par La ferme du 100e singe de Belberaud, à seulement 30 minutes de Toulouse, pour se lancer. L’objectif de cette incubateur agricole, permettre aux petits nouveaux du secteur à se faire la main.

Être agriculteur, c’est un monde à part entière qui touche à énormément de domaines différents : biologie, organisation, comptabilité (…) et quand on n’est pas né dedans, c’est très difficile”, explique le jeune homme de 25 ans.

Ici, pour la somme d’environ 300 euros par mois, Sacha Danjou dispose d’une parcelle test de 5.000 m carrés, de l’arrivée d’eau et d’électricité. Il profite aussi surtout d’engins en libre-partage. Tracteurs, motoculteurs le gros outillage coûterait à lui seul près de 40.000 euros. Une grande prise de risque d’autant plus quand on manque d’expérience. Avec l’achat du terrain, “Tu achètes, t’as de grosses charges, tu dois générer un certain chiffre d’affaires dès la première année, t’as pas le droit de te louper”, égrène-t-il, les mains pleines de terre.

Combler un vide, la formation pour les reconvertis

C’est en 2016, après plusieurs années dans l’économie solidaire, qu’Amandine Largeaud, 39 ans, lance accompagnée d’onze autres personnes “la ferme du 100e singe”. L’idée derrière la ferme nommée en référence à la théorie selon laquelle, si un singe adopte un comportement, à partir du 100e singe qui l’adopte, cela deviendra un acquis, est simple : “En mutualisant les espaces, les compétences et les outils, on peut minimiser cette prise de risque”, expose Amandine Largeaud.

Mais pourquoi se lancer dans une telle aventure ? Amandine part de ce constat : “beaucoup de salariés en perte de sens choisissent de se reconvertir dans le domaine agricole”.  Pourtant, “le modèle agricole français a été pensé pour la transmission familiale des terres et des compétences”, soutient-elle. L’intégration n’est donc pas simple pour les nouveaux venus du secteur.

Un concept qui séduit

Micro-ferme, maraîchers, aquaponie, élevage d’escargots: les six projets sélectionnés par la ferme pour un an – renouvelable deux fois – émanent tous d’une personne en Contrat d’appui au projet d’entreprise (Cape). Officiellement reconnus en reconversion professionnelle, ils continuent de percevoir le chômage ou le RSA.

La structure financée grâce à la location de salles pour des formations, au mécénat et aux subventions départementales
attire de plus en plus d’adeptes. Plus d’une vingtaine de candidats ont demandé une place dans l’incubateur toulousain. Un concept qui dépasse même les frontières. Amandine accompagne aujourd’hui d’autres personnes voulant créer des lieux similaires en Ile-de-France ou sur la Côte d’Azur.

Justine Saint-Sevin France3