Rapport Spinetta: Refonder le système ferroviaire

L’ancien patron d’Air France Jean-Cyril Spinetta a remis ce jeudi au Premier ministre Edouard Philippe un très attendu rapport qui contient un diagnostic sans concession et 43 propositions pour refonder le modèle ferroviaire français. Ce matin, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a précisé sur Sud Radio qu’il y aura «en 2019 l’ouverture à la concurrence pour les TGV, en 2023 pour les trains régionaux». Avant d’ajouter: «Et puis il y a quand même un sujet, c’est que chaque année la dette de la SNCF s’accroît de 3 milliards (d’euros). Fin 2018, c’est 50 milliards de dette, c’est 750 euros par Français, le modèle n’est plus tenable. Donc il faut trouver un nouveau modèle économique, il faut trouver un système ferroviaire qui réponde aux questions de mobilité du quotidien des Français». Le gouvernement annoncé dans un communiqué qu’il va ouvrir «dès la semaine prochaine» une «première phase de concertation» sur une réforme du système ferroviaire français, avec des rencontres prévues avec les syndicats et la direction de la SNCF, les régions et les usagers.

L’ancien patron d’Air France estime qu’il faut «recentrer le transport ferroviaire sur son domaine de pertinence», c’est-à-dire les transports du quotidien autour des agglomérations et les dessertes TGV entre les principales métropoles françaises. Il appelle de ses vœux un audit des «petites lignes», qui mobilisent actuellement 16% des moyens consacrés au ferroviaire, voient passer moins de 10% des trains et transportent seulement 2% des voyageurs. «Le réseau à grande vitesse peut être considéré comme abouti» et construire de nouvelles lignes «entraînerait le TGV au-delà de sa zone de pertinence économique, c’est-à-dire les dessertes de très grandes agglomérations avec des trajets durant jusqu’à trois heures», estime-t-il. Suggérant de faire rentrer les gares dans le giron de SNCF Réseau.

Extrait de Libération


Ces lignes SNCF peu fréquentées dont le rapport Spinetta préconise la fermeture près de chez vous

80% du trafic se fait sur un tiers du réseau.

TRANSPORT – Ce rapport en veut aux tortillards de campagne. Remis ce jeudi 15 février au gouvernement, l’étude dirigée par l’ancien patron d’Air France Jean-Cyril Spinetta préconise de profondes réformes de la SNCF.

Au fil des 127 pages, il est question de la transformer en société anonyme à capitaux publics, pour réduire les liens financiers qui l’unissent à l’Etat, de la fin du statut de cheminot à l’embauche, mais aussi de la fermeture de vastes portions des lignes les moins fréquentées.

“Il paraît impensable de consacrer près de 2 milliards d’euros à seulement 2% des voyageurs, estiment les auteurs du rapport. Le maintien des lignes héritées d’une époque où le transport ferroviaire était l’unique moyen de déplacement doit être revu.”

90% de la population vit à moins de 10 km d’une gare

Sur les plus petites lignes, “chaque kilomètre parcouru par un voyageur coûte 1 euro à la collectivité”, assurent-il, bien loin du prix facturé aux clients. Le rapport préconise donc un audit complet du réseau. “L’économie liée à la fermeture des petites lignes pour le système s’élèverait a minima à 1,2 milliard d’euros annuels (500 millions d’euros sur l’infrastructure et 700 millions sur l’exploitation des trains).”

La logique comptable est difficilement contestable. Selon les données de l’Arafer (Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières), la France dispose du deuxième réseau européen, après l’Allemagne, avec près de 29.000 km de lignes exploitées, dont 2800 km de Ligne Grande Vitesse. Avec près de 3000 gares et haltes ferroviaires, 90% de la population réside à moins de 10 km d’une gare.

Mais l’intensité d’utilisation du réseau est très disparate: 80 % des trains de voyageurs circulent sur moins d’un tiers du réseau, comme le montre cette carte.

arafer

En fait, le train est plébiscité par les Français pour les trajets du quotidien, à commencer par ceux pour rejoindre leur lieu de travail.

En 2016, 1,2 milliard de voyages ont été réalisés en train, très majoritairement en TER et Transilien avec près de 90 % des passagers transportés. Pourtant, le taux de remplissage moyen des TER n’est que de 25% en moyenne, contre 67% dans les TGV…

Le problème, ce sont notamment ces fameuses lignes de campagne très peu utilisées, comme le dénonce le rapport Spinetta. Sur cette carte de la fréquentation du réseau TER, les lignes les plus fines sont celles où le TMJA (taux moyen journalier annuel) tombe à 1. C’est-à-dire qu’en moyenne, elles voient passer un train par jour, tous les jours.

Cliquez sur le carte pour la version HD

sncf

Et pour cause. Ce réseau a été tracé pour l’essentiel aux XIXe et XXe siècle, à une époque où la voiture individuelle était l’exception, si ce n’est de la science-fiction. Aujourd’hui, on peut interroger la pertinence d’une ligne Rennes-Nantes via Châteaubriand, doublon de la Rennes-Nantes via Redon, mais bien moins fréquentée. Ou encore celles partant de Guingamp avec pour terminus Carhaix et Paimpol, distantes de 50 et 30 km.

En revanche, la question sera plus épineuse dans des zones plus pauvres, dont la desserte est déjà mauvaise, comme dans la Creuse, ou entre Nancy et Langres par exemple (Lorraine et Haute-Marne). Vivement le résultat de l’audit…


Mission modernisation

“Certains éléments du constat”, comme “le vieillissement du réseau, (…) sont préoccupants, la dérive des comptes publics est préoccupante”, a relevé Spinetta devant des journalistes. Il estime dans son rapport que les “performances ne sont pas satisfaisantes, en termes de régularité, de gestion des crises, d’information aux voyageurs, de sécurité” en invitant à continuer les chantiers de modernisation qui doivent “être et rester la priorité pour les vingt ans à venir”.

5 commentaires pour “Rapport Spinetta: Refonder le système ferroviaire

  1. Courrier des maires
    vendredi, 16 février 2018 à 13:59

    C’est donc l’économie « considérable » qui pourrait être effectuée sur ces lignes peu utilisées en termes de volumes de voyageurs qui est visée : « pour l’infrastructure, de l’ordre de 500 millions d’euros par rapport à la situation actuelle. […] Pour l’exploitation des trains, le transfert sur route d’un service ferroviaire de voyageur en zone peu dense permet une économie de 70 à 80% selon le niveau de service retenu pour les autocars, soit 700 à 800 M€, auxquels il faudrait encore ajouter les économies sur le renouvellement des matériels roulants ». Résultat : « l’économie liée à la fermeture des petites lignes pour le système s’élèverait donc a minima à 1,2 milliard d’euros annuels ».
    De nombreuses petites villes desservies seulement par le car ?

    On l’aura compris, Jean-Cyrille Spinetta milite pour le remplacement d’un maximum de ces lignes de proximité par des autocars Macron : « il existe de nombreuses lignes qui sont très faiblement circulées, pour lesquelles la route offre des alternatives pertinentes »… Coutances, Bergerac, Le Puy-en-Velay, Mont-de-Marsan, Epinal, Bourges, Carhaix, Valençay, Gap, Verdun, Cambrai… Autant de petites et moyennes villes qui potentiellement auraient vocation à n’être plus desservies exclusivement que par la route, via des lignes de bus. Et encore : le haut-fonctionnaire admet à demi-mot que certaines ne seraient pas suffisamment rentables y compris par autocar, évoquant ces lignes qui « nécessitent des investissements très importants pour être pérennisées, notamment lorsque des ouvrages d’art doivent être rénovés »… sans pour autant qu’une alternative existe.
    Comment le tri s’effectuerait-il ? Dans son esprit, SNCF Réseau réaliserait, avant l’élaboration des prochains Contrat de plan Etat région (CPER) « un état des lieux de la partie la moins utilisée du réseau présentant, ligne par ligne, l’état de l’infrastructure, le besoin de rénovation et le bilan socioéconomique des investissements ». La partie du réseau la moins sollicité des voyageurs serait tout bonnement supprimée et la majeure partie des sommes économisées serait fléchée vers « des services plus utiles à la collectivité : rénovation du réseau hors « petites lignes », modernisation des grands nœuds ferroviaires, renforcement des fréquences sur les lignes les plus fréquentées ».
    Les régions au régime sec

    Et pas question pour Jean-Cyrille Spinetta de voir les régions prendre le relais de l’Etat pour assurer, moyennant subventions publiques, le sauvetage de certaines de ces lignes : « outre le fait qu’il ne pourrait pas se faire sans compensation », le transfert aux régions « ne semble pas favorable à une réorientation des dépenses : il ne ferait que renforcer la responsabilité des régions et conduirait à sanctuariser ces lignes. Au contraire, l’Etat doit envoyer un signal clair, en ne consacrant plus aucun crédit aux lignes dont l’intérêt socio-économique n’est pas démontré. Dans le cadre des CPER 2015-2020, l’Etat a prévu de consacrer environ 800 M€ à des investissements sur les lignes UIC 7-9. Certains de ces investissements sont sans doute justifiés, mais une grande partie ne l’est très probablement pas », lance-t-il. Et de préconiser un redéploiement des crédits aujourd’hui affectés par l’Etat aux investissements ferroviaires dans le cadre des CPER vers la partie la plus circulée du réseau.

    Et le haut fonctionnaire de vouloir s’assurer que l’exécutif et SNCF réseau aurait les mains plus libres qu’aujourd’hui s’ils suivaient ces préconisations de fermeture de lignes. Jugeant la procédure juridique actuelle encadrant la fermeture d’une ligne « extrêmement longue et complexe » – à ce jour, SNCF Réseau soumet le projet de fermeture à la région concernée qui dispose de trois mois pour faire connaître son avis -, Jean-Cyrille Spinetta souhaite qu’une procédure « simplifiée », avec un état des lieux effectué par SNCF réseau se substitue à la consultation auprès de la région et à l’avis du ministre chargé des Transports. « La région concernée, ou toute autre partie prenante, pourrait alors reprendre la ligne », consent-il… mais « sans contrepartie financière ».
    extrait du Courrier des maires

  2. Landes Frédéric
    samedi, 17 février 2018 à 12:26

    25 euros pour faire Gourdon.Toulouse, il est la le problème. Ils peuvent se plaindre du faible taux de remplissage, à ce tarif la faut pas s’étonner. A ce prix la je fais du blablacar avec ma voiture….

    • jevouslis
      samedi, 17 février 2018 à 13:25

      j’ai payé 11 euros, en fait ça revient plus cher à la SNCF (déficit énorme) Qui doit payer le contribuable ou le voyageur? le train est le moyen le plus écologique.

      • Landes Frédéric
        lundi, 19 février 2018 à 18:38

        La tarification via une intelligence artificielle, car c’est ca qui se produit, donne ces absurdités entre différents prix selon les horaires et le remplissage des voitures… Pas de visibilité, pas de projection possible. Ah si réserver 6 mois à l’avance son voyage, non remboursable, trop risqué…

  3. jevouslis
    lundi, 26 février 2018 à 14:31

    Pour ne pas fâcher tout le monde à la fois, le Premier ministre a repoussé une des propositions polémiques du rapport Spinetta : la suppression progressive des petites lignes de campagne, moins rentables. “On ne décide pas la fermeture de 9.000 kilomètres de lignes depuis Paris sur des critères administratifs et comptables”, a tranché Edouard Philippe. Qui a visiblement décidé d’engager un bras de fer avec les cheminots, mais pas avec les collectivités locales.

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