Ruralité : Pourquoi les lycéens des territoires ruraux s’orientent ils davantage vers des filières courtes et professionnalisantes que leurs homologues urbains ?

En cette période d’orientation je souhaitais vous partager une intervention de Clément Reversé* et un article paru dans « the conversation » qui évitent cette vision simple qui oppose souvent ville (savoir, culture) et campagne (retard, manque d’accès).

La ruralité n’est pas un bloc homogène. Elle se définit par une faible densité de population, mais recoupe des réalités très diverses (montagne, littoral, zones touristiques, désindustrialisées, etc.).

A l’école primaire
On est souvent plus protégé. Les effectifs y sont plus souvent réduits. Aussi les enseignants disposent ils de plus de temps pour chaque élève, avec effets positifs sur l’apprentissage. 45% des classes sont multiniveaux (contre 6% en ville), avec des effets neutres ou positifs sur la réussite, les enseignants sont souvent plus jeunes (plus motivés ? )et les relations entre parents et enseignants plus étroites . Les résultats scolaires y sont équivalents, voire légèrement supérieurs, à la moyenne nationale, malgré une origine sociale souvent plus défavorisée.

Collège, lycée

La transition vers le collège/lycée est plus difficile car les établissements sont souvent éloignés, et les classes ont des effectifs plus importants. Et même si c’est la même bande de copains qu’à l’école qui sera là dans la cour, il y a comme une perte de repères.

L’orientation – Les études

Un constat :

  • 47 % des ruraux en études supérieures choisissent un BTS/DUT (contre 38 % des urbains).
  • 60 % des ruraux en 3e visent un bac général/technologique (contre 71 % en moyenne nationale).
  • 11 % des formations en rural sont des CAP (contre 8 % en ville).

Ils sont « raisonnables ». Ils connaissent les débouchés sur leur territoire et les filières professionnelles locales correspondent souvent aux besoins du marché de l’emploi rural. Ce n’est pas une faillite de l’école rurale ni un manque d’ambition qui les font choisir ces filières courtes et professionnalisantes. Il s’agit plus souvent d’une stratégie d’insertion rapide et locale. Sans compter que s’orienter vers un métier connu (famille, entourage) est plus rassurant et accessible.

Partir en ville pour des études longues c’est aussi s’engager dans des dépenses supplémentaires (logement, transport), qu’il est difficile d’assumer pour les familles modestes. On parle ici d’un coût moyen de 1 000 à 1 350 €/mois à Paris, Bordeaux, Lyon….

Et puis n’oublions pas cette barrière psychologique qu’est l’affectif: s’éloigner définitivement de son milieu, de sa famille, de son réseau c’est « difficile ». Devant ce coût émotionnel important (famille, amis, partenaire), devant la crainte de l’isolement, de la perte des repères, voire de l’échec, beaucoup de jeunes ruraux préfèrent rester près de leurs proches, même si cela limite leurs options de formation. Compte tenu du marché local ils vont chercher des formations qui leur permettront de rester sur place et d’être heureux, pas seulement de cumuler des diplômes.

Clément observe que les filles s’orientent davantage vers les métiers du care, et les garçons vers le bâtiment ou l’industrie.

Il écrit :

« La sélection des jeunes ruraux n’est donc pas seulement le fruit d’un rapport plus direct entre formation-emploi-territoire, mais provient tout autant de limitations économiques, mais aussi affectives. Des dispositifs comme les campus connectés ou bien encore les universités rurales existent, mais ne peuvent pas à eux seuls compenser les inégalités territoriales dans l’accès à la formation.

Pour lui :

L’enjeu est fort aujourd’hui de ne pas vider les campagnes de leur jeunesse ou de les enfermer dans des parcours subis- – Pour concilier diplômes, attractivité des territoires et épanouissement des jeunes, …Clément Reversé conclut à la nécessité de :

  • Développer des filières d’excellence locales , adapter l’offre de formation aux besoins du territoire, valoriser les métiers manuels et techniques,
  • Renforcer les campus connectés et universités rurales, afin de permettre l’accès à des formations supérieures sans obligation de mobilité
  • lutter contre les stéréotypes en valorisant tous les types d’intelligence et de réussite, et pas seulement les parcours académiques longs.