Ryanair – Brive aéroport – les réactions dans le Lot

Une décision de fermeture de ligne qui fait suite à une augmentation de la TSB (taxe de solidarité sur les billets de + 180% en mars 2025) et qui selon Ryanair rend de nombreuses liaisons vers la France non rentables, en particulier dans les aéroports régionaux et pendant la saison hivernale.

Pour Brive, seule la ligne avec Porto est pour l’instant concernée car c’est une « ligne d’hiver » a expliqué Julien Bounie, le Président du syndicat mixte qui gère l’aéroport de Brive à Ici france bleu. Le retrait des créneaux entre novembre et mars sur cette liaison va se traduire par la perte d’environ 15.000 passagers sur l’hiver, ce qui veut dire « moins de recettes aéroportuaires, moins de tourisme, moins de personnes qui peuvent partir à Porto » explique Julien Bounie qui souligne pourtant la dynamique de cette destination : « cette année on aura dû dépasser les 42.000 passagers sur cette ligne, où Ryanair venait d’ailleurs de mettre en place une troisième fréquence, pour l’enlever quelques mois après » explique le patron de l’aéroport briviste.

Les réactions ne se sont pas faites attendre:

« Alors que nous démultiplions nos efforts pour renforcer l’attractivité du Lot, ce coup rude porté à cet aéroport de proximité va l’affecter négativement »

Serge Rigal, président du Département du Lot.

« C’est une décision unilatérale, prise sans concertation aucune avec les acteurs locaux .  Les pouvoirs publics (Départements du Lot et de la Corrèze, Cauvaldor, Agglomération de Brive) font chaque année des investissements importants pour moderniser l’aéroport de Brive-Vallée de la Dordogne et répondre aux besoins des compagnies aériennes, malheureusement Ryanair ne joue pas le jeu en préférant l’exil fiscal au développement des territoires ! » « Au-delà de l’impact touristique, cette ligne est vitale pour notre économie locale. » « c’est aussi 200 emplois induits ».

Frédéric Gineste, vice-président du Département en charge des infrastructures de mobilités. Le département participe à hauteur de 250 000 € à la régie et 100 000 € pour le développement des lignes chaque année. 

« La suspension de ces lignes, notamment celle vers Porto à partir du 26 octobre, privera de nombreuses familles lotoises de leurs racines. Comme mon père, une partie de la diaspora portugaise s’est installée dans le Lot dans les années soixante et soixante-dix, et toute l’année il y a des échanges, privés ou professionnels entre le Lot et le Portugal. Cette liaison est un axe important pour le maintien de cette relation spéciale qui unit nos territoires du point de vue économique et culturel et sa disparition va laisser un vide considérable ». 

Christophe Proença, Président du groupe d’amitié France-Portugal à l’assemblée nationale, député du Lot

« une décision préjudiciable », quand Cauvaldor verse chaque année 62 482 euros pour soutenir l’aéroport, et alors même qu’une grande entreprise portugaise, Tekever, spécialisée dans les drones, vient de décider d’implanter son centre d’excellence à Cahors »

Jean-Claude Fouché – président de Cauvaldor,

« La réduction de l’offre à Brive, c’est moins d’attractivité économique pour les entreprises et une menace directe pour l’activité de l’aéroport lui-même, déjà fragilisé.« 

Jean Hugon, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) du Lot qui verse chaque année 100 000 euros.

Même si cette hausse appliquée par la France est légitime dans son optique écologique, le Lot fait partie des dommages collatéraux de ce bras de fer entre la compagnie et l’état.

Car, à y regarder de plus près, cette taxe sur les billets n’est pas la seule raison du recul de l’activité de la compagnie en France. Un article du Monde, explique que depuis la sortie de la crise sanitaire due au Covid-19, la difficile remontée en cadence de la production d’Airbus et de Boeing, qui peinent à livrer les appareils commandés, « les compagnies aériennes manquent d’avions » pour assurer toutes leurs dessertes. Elles ont donc tendance à choisir les destinations à la fiscalité la plus légère, voire absente. Désormais, « leur arbitrage se fait au détriment de la France »,  

Le « sujet » est donc bien au-delà de l’aéroport corrézien.

Si Ryanair « appelle une nouvelle fois le gouvernement français à supprimer cette taxe aérienne la compagnie précise qu’il n’est toutefois, pas question pour elle de revenir en arrière sur la baisse programmée de son activité. 

Elle réoriente son activité sur les pays comme la Suède, la Hongrie ou certaines régions d’Italie, où les gouvernements suppriment activement les taxes aériennes pour stimuler le trafic, le tourisme, l’emploi et la reprise économique ». Pays d’origine du « flygskam » (la honte de prendre l’avion), la Suède a ainsi changé de pied et vient d’abolir, le 1er juillet, les taxes sur le transport aérien, souligne le directeur commercial….

Et puisqu’on en est là … un coup d’œil sur les résultats financiers du premier trimestre de la compagnie. Elle enregistre un chiffre d’affaires de 4,34 milliards de livres (environ 5 milliards d’euros) en hausse de 20 %. Sur la même période, ses profits ont bondi de 128 % pour culminer à 820 millions de livres. Le PDG de la compagnie, Michael O’Leary, lui, va empocher un bonus de 100 millions d’euros….

Source : France bleu – médialot -le monde – la depêche