Salvation
SALVATION VO
Turquie / France 2026. Un drame de Emin Alper avec
Caner Cindoruk, Berkay Ateş, Feyyaz Duman…
Durée : 2h
INTERDIT AUX MOINS DE 12 ANS
Deux villages turcs, l’un à flanc de montagne, l’autre dans la plaine. Quand les habitants du bas, exilés, décident de revenir sur leurs terres, des conflits ancestraux ressurgissent avec ceux du haut. Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s’exacerbent, mettant en péril la fragile cohabitation des deux communautés…
Ours d’Argent (Grand Prix du Jury), Berlin 2026
Les horaires
| MER | JEU | VEN | SAM | DIM | LUN | MAR | MER | JEU | VEN | SAM | DIM | LUN | MAR | MER | JEU | VEN | SAM | DIM | LUN | MAR | ||
| 30 | 1er | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||
| 20H45 VO | 16H50 VO | 21H00 VO |
Les critiques :
**** / ***** AlloCiné: 3.6/5 , SensCritique : 6.5/10
«.Dans un décor de pierres aveuglantes, naturellement et symboliquement labyrinthique, le cinéaste orchestre un combat inégal entre lumières vacillantes et opacités dévorantes, composant dans un scope un clair-obscur anéantissant toute forme d’espoir.»
«Un film impressionnant qui s’inspire d’un événement tragique : le massacre de 44 personnes lors d’un mariage en 2009.»
«.C’est vieux comme le monde. L’angoisse séculaire des voisins qui, d’un village à l’autre, se regardent en chien de faïence. Confits dans leurs haines cuites et recuites, paralysés par leurs trouilles, aveuglés par leurs jalousies, sclérosés par leurs désirs de vengeance, étriqués par leurs croyances, terrifiés à l’idée d’être « grand-remplacés » : partout les mêmes, prêts à prendre les armes, en tous lieux, en tous temps, quelle que soit leur culture, depuis les arides plateaux bas-alpins chers à Giono jusqu’aux steppes désolées de l’Islande en passant par le Jourdain, les pentes escarpées du Tyrol ou les mille collines du Rwanda… Et quoique Bradbury n’ait pas abordé le sujet dans ses Chroniques, on gage que, si deux familles martiennes se sont un jour établies à un jet de pierre l’une de l’autre sur les contreforts des « collines bleues » de la planète rouge, elles n’ont pas mis deux générations à se bouffer le nez et envisager de s’entretuer. Ce sont les Montaigu et les Capulet. Les Velrans et les Longeverne. Les O’Timmins et les O’Hara.
Ici, dans le sud-est de la Turquie : ce sont les Hazeran et les Bezari. Deux clans. Deux familles. Deux hameaux kurdes : l’un, accroché aux contreforts de la montagne, peuplé par les bergers Hazeran, domine les terres fertiles de la plaine et le « village d’en bas » des cultivateurs Bezari. Lesquels Bezari, après avoir longtemps abandonné leurs terres (on ne sait pas vraiment pourquoi), laissant de facto aux Hazeran toute latitude pour se les approprier, reviennent peu à peu s’y établir. On comprend que, même de plein droit, cette « remigration » n’enchante guère (c’est un euphémisme) nos fiers et taiseux montagnards qui, dans leur fièvre obsidionale, se voient déjà envahis, submergés, grand-remplacés par des hordes exogènes. Pis : alors que par exception et dans le cadre d’une lutte coordonnée contre « les terroristes », les valeureux Hazeran ont obtenu le droit de porter des armes, de constituer une milice assermentée qui tient la montagne en coupe réglée, l’État turc se prépare, dit-on, à octroyer aux Bezari le même permis et à leur fournir les mêmes armes. Fort heureusement, le chef à la fois spirituel et temporel de la communauté Hazeran, le sage et lettré cheikh Ferit, s’efforce de contenir ses troupes et prône la coexistence pacifique avec le voisin Bezari. Mais si son pouvoir, hérité de son père, ne semble pas contestable, sa position est loin d’être majoritaire. Et tandis que la pression monte, que les affrontements de proximité se multiplient, que les signes plus ou moins divins, plus ou moins surnaturels, se font plus explicites, une conspiration de va-t-en-guerre s’organise autour du propre frère du cheikh – le fruste, illettré et superstitieux Mesut – pour prendre le pouvoir. Et défendre enfin des envahisseurs « leurs » terres de la plaine. Au risque de mettre le pays à feu et à sang.
Cet affrontement deux fois fratricide est au cœur d’un magnifique western contemporain. Plus dans la veine de Sergio Leone que de John Ford, le cinéaste joue à merveille de l’immensité et de l’étrangeté des décors, des tensions silencieuses, des regards en coin sous les paupières plissées de paysans mutiques mais qui n’en pensent pas moins, des nuits inquiétantes, des lumières écrasantes, pour mieux souligner l’inéluctable autant qu’extrême violence du drame qui vient. Un western-kebab en quelque sorte : ample et rugueux comme la terre rocailleuse des paysages (magnifiques) où se déploie sans coup férir le petit théâtre de la folie des hommes.»
