Sorda
SORDA VO
Espagne 2025. Un drame de Eva Libertad García avec Miriam
Garlo, Álvaro Cervantes, Elena Irureta…
Durée : 1h40
FESTIVAL CINESPAÑA
Sourde de naissance, Angela attend son premier enfant. Malgré le soutien de son compagnon, elle s’inquiète : saura-t-elle créer un lien avec sa fille ?Comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie souvent d’inclure ceux qui n’entendent pas ?
Les horaires
| MER | JEU | VEN | SAM | DIM | LUN | MAR | MER | JEU | VEN | SAM | DIM | LUN | MAR | MER | JEU | VEN | SAM | DIM | LUN | MAR | ||
| 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | 1er | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | ||
| 19H10 VO | 19H15 VO |
Les critiques : ***** / ***** Note
« Le film espagnol Sorda (ce qui signifie « sourde »), réalisé par Eva Libertad, est un portrait bouleversant et profondément intime d’une femme qui se bat en silence pour trouver sa place dans un monde qui ne l’écoute pas.
Ángela, magnifiquement interprétée par Miriam Garlo, est sourde. Pendant sa grossesse, elle s’inquiète du lien qu’elle pourra créer avec son bébé. Comment élever un enfant dans une société qui ne tient pratiquement pas compte de votre réalité ? Après la naissance, son compagnon Héctor (incarné par Álvaro Cervantes) la soutient, mais le chemin vers la confiance en soi, en tant que mère, est tout sauf simple.
Ce qui rend le film encore plus personnel, c’est que la réalisatrice Eva Libertad s’est inspirée de la vie de sa propre sœur — qui joue d’ailleurs le rôle principal. Miriam Garlo livre une performance d’une telle finesse et d’une telle authenticité qu’on a presque l’impression de regarder un documentaire. Ce lien familial entre la réalisatrice et l’actrice donne au film une dimension supplémentaire d’authenticité et une intensité émotionnelle rare.
Avec les excellentes prestations de Elena Irureta et Joaquín Notario, et un regard sincère sur une lutte souvent invisible, Sorda touche en profondeur. Ce film ne pose pas seulement des questions sur l’inclusion, il célèbre aussi la force du lien familial et de l’amour.
Sorda a remporté le Prix du Public Panorama à la Berlinale, ainsi que la Biznaga de Oro du Meilleur Film Espagnol au Festival de Málaga. Miriam Garlo et Álvaro Cervantes y ont également été récompensés pour leurs interprétations impressionnantes.
Un film qui marque les esprits. Silencieux, sensible, et essentiel.»
« Rares sont les cinéastes qui évoquent le quotidien des personnes sourdes. Et si on met à part les documentaristes, peut-être plus naturellement enclins à se questionner sur la vie des autres (on pense entre autres à Nicolas Philibert et son incontournable Le Pays des sourds), on peut sans doute compter sur les doigts des deux mains les films de fiction qui se penchent sur leur rapport complexe au monde des entendants – que ce soit dans les relations familiales, amoureuses ou professionnelles – et sur la façon d’en rendre compte sur grand écran. C’est dire à quel point ce (premier !) film d’Eva Libertad, gracieux, intuitif autant qu’inventif, d’une subtilité et d’une précision rares, porté par une comédienne (Miriam Garlo) d’une justesse stupéfiante, nous a tour à tour séduits, intrigués, captivés et enthousiasmés.
Ángela et Héctor forment un couple des plus ordinaires, un couple épanoui, heureux. Elle fabrique des céramiques dans une ambiance réjouissante, ils vivent entourés de nombreux voisins et amis avec lesquels ils partagent fêtes et apéros dans la vivante Barcelone. Ángela
est sourde alors que son compagnon est entendant, mais le handicap n’entrave en rien leur concorde, et si la jeune femme lit sur les lèvres, son compagnon a appris à « signer » parfaitement. Ángela a de son côté un cercle particulier d’amis sourds, qui n’exclut pas pour
autant Héctor. Il y a bien les parents d’Ángela, entendants, qui la harcèlent régulièrement pour qu’elle s’équipe d’aides auditives, prothèses inconfortables dont elle se passe autant que
possible, mais c’est un modeste tracas. Comble de bonheur : Ángela est enceinte, Héctor en est aussi ravi qu’elle. Mais plus que pour un autre couple, cette situation nouvelle modifie leur vie
du tout au tout. Surtout lorsque leur fille s’avère parfaitement entendante. Pas simple pour la jeune mère de construire une relation avec un enfant qui ne demande qu’à parler et pourrait de ce fait privilégier les relations avec son père…Peu à peu Ángela se sent exclue de la relation maternelle et voit son couple se déliter. Jamais (en tous cas rarement) au cinéma on n’avait traité avec une telle sensibilité, sans cliché ni manichéisme, la complexité des relations sentimentales, amicales et familiales entre entendants et personnes sourdes. Tout y est : l’absence de prise de conscience des difficultés de l’autre, le manque de confiance en soi quand, porteur de handicap, on doit évoluer dans un monde « valide », et à l’inverse la tentation pour qui se sent exclu de se réfugier dans un communautarisme réconfortant. Le film, dans une mise en scène d’une rigueur saisissante, plonge par moments les entendants en immersion dans l’univers sonore des personnes sourdes. Ainsi le générique de début totalement silencieux, ou ce moment où Angela, pragmatique, décide de s’appareiller pour se rendre à la crèche – qui fait ressentir mieux que n’importe quel discours l’insupportable brouhaha métallique que lui renvoient ses oreillettes. Cette sensibilité
à fleur de peau et d’ouïe est le fruit d’une belle et profonde sororité – au sens le plus strict : Eva Libertad a conçu Sorda pour et avec sa sœur comédienne, Miriam Garlo, alors que celle-ci était
confrontée aux mêmes questions qu’Ángela sur son propre désir de maternité. Le film qui en résulte est une merveille.
