Théâtre : « le Coup de Trafalgar » à Souillac
Roger Vitrac écrit la pièce en 1934. Et il y a quelque chose d’assez vertigineux à la relire aujourd’hui.
On y parle d’une prochaine guerre qui pourrait être la dernière, parce qu’elle détruirait tout. On y rencontre Arcade, déserteur d’une guerre passée, qui avoue simplement qu’il n’était pas prêt — et ajoute qu’il se prépare pour la prochaine. On y voit une bourgeoisie qui continue à dîner, à boire, à jouer, à sauver les apparences alors que quelque chose semble déjà s’effondrer autour d’elle.
Et puis Arcade se travestit. Il devient femme, change d’identité, brouille les sexes et les rôles. Chez Vitrac, rien ne tient très longtemps à la place qu’on lui avait assignée.
C’est peut-être ce qui nous a le plus intéressés dans la pièce : tout ce qui arrive semble terriblement grave et terriblement vrai, avant de se dégonfler comme un ballon de baudruche. Une guerre, une mort, une identité, une menace, un scandale… On y croit, puis le réel se dérobe.
Alors, qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ?
Écrite il y a plus de quatre-vingt-dix ans, la pièce nous paraît étrangement adressée aux gens de notre temps : un monde qui parle à nouveau de guerre mondiale, qui ne sait plus très bien à quoi se raccrocher, où les identités se cherchent et se déplacent, et où nous sommes quotidiennement sommés de démêler le vrai du faux.
Et il y a une autre raison, plus simple, de monter Vitrac ici : il est d’ici. Roger Vitrac est né à Pinsac, à quelques kilomètres de Souillac. Il nous plaisait que cette parole, après être passée par Paris, le surréalisme, Artaud et tant d’autres aventures, revienne résonner dans le Lot.
La compagnie Iskandar a choisi de ne surtout pas en faire une pièce-musée. Le spectacle se joue dans un dispositif volontairement brut, au contact du lieu et du public, en laissant toute sa place à ce que Vitrac a d’insolent, de drôle et d’inquiétant.
Source : la cie Iskandar de Saint Sozy


