A Gourdon la boulangerie Masbou ferme ses portes

 Jean Marie Masbou tenait sa boulangerie depuis 25ans, ses parents sont arrivés à Gourdon en 1953… Les gens ne sont plus attirés par la boulangerie

C’est vendredi soir que la famille Masbou avait été conviée juste en face chez « Louisette », pour fêter leur retraite comme il se doit. La surprise était de taille car ils ne s’attendaient pas à ce que les voisins de quartier, amis ou clients soient là en si grand nombre. Tout le monde s’était mobilisé pour apporter de quoi se restaurer et bien sûr trinquer à une belle retraite. C’est en musique que s’est finie la petite fête animée par « le grand », Pascal Pigeat, le boucher de l’avenue Cavaignac qui pour l’occasion avait ressorti son accordéon pour faire danser les plus courageux.

Vie quercynoise : quel a été votre parcours à Gourdon ?

Jean-Marie Masbou : Je tenais cette boulangerie sur Gourdon depuis 35 ans. Mes parents sont arrivés en octobre 1953 sur Gourdon et ouvraient cette boulangerie avenue Cavaignac que j’ai repris par la suite. J’ai commencé le métier avec mes parents en septembre 1965. J’ai fait 3 ans d’apprentissage boulangerie 1 an en pâtisserie, j’ai d’abord travaillé à Brive jusqu’à mon service militaire. À mon retour j’ai travaillé à Tulle, Prayssac pour revenir chez mes parents à Gourdon en tant qu’ouvrier en juillet 1973. Je me marie en octobre 1982 et ma femme à remplacé ma mère au magasin. Par la suite mes parents m’ont laissé les rênes de la boutique en 1982.

Quel a été l’évolution du métier à Gourdon durant toutes ces années ?

Les clients sont beaucoup moins fidèles qu’avant et sont beaucoup dans la facilité. Le fait de ne plus pouvoir se garer dans l’avenue même s’il y a un parking pas loin a beaucoup changé les habitudes des gens. Aujourd’hui les clients se garent plus facilement dans les supermarchés et prennent leur pain par la même occasion. Aujourd’hui la concurrence est plus rude même si la qualité ne doit certainement pas être la même. Nous étions 4 boulangers sur Gourdon mais avec au moins une dizaine de points de vente de pain. Moins de boulangers mais plus de vente de pain hors boulangerie traditionnelle. Dans notre métier les jeunes ne sont plus attirés par la boulangerie. J’ai formé 23 apprentis seulement 2 ont continué. Ne pas avoir le samedi soir chez les jeunes et de travailler la nuit, plombe notre métier aux yeux des jeunes. Après le boulanger qui fait du bon produit de qualité travaillera toujours. Dans notre région le pain s’est sacré.

Auriez-vous aimé qu’il y ait un repreneur derrière vous et que votre commerce continue ?

Bien sûr que j’aurai aimé, mon fils Nicolas travaillait avec moi depuis 5 ans, mais seul sans accompagnement c’est très compliqué. Je pense qu’il faut un couple pour tenir cette boutique, comme moi avec ma femme. Mon fils est tout à fait capable mais seul c’est, je pense compromis ; il faut vraiment un binôme complémentaire. Je ne m’inquiète pas pour lui car il a son brevet de maîtrise en boulangerie et peut s’orienter sur d’autres chemins comme professeur, même si je regrette un peu qu’il n’ait pas repris. Mais comme je lui ai dit, il ne faut surtout pas reprendre l’entreprise familiale à contrecœur. Et je respecte son choix de ne pas reprendre la boutique.

Beaucoup de pétanque et j’aime le jardinage. Il faut que je m’occupe car quand on a travaillé pendant un moment en boulangerie le rythme de sommeil n’est plus le même. De plus, je me suis inscrit au vélo avec les copains. Je ne devrais pas languir avec toutes ces activités. Je suis admiratif devant les gens du quartier en nous faisant un très beau cadeau et la surprise de mon pot de retraite. Je n’aurais jamais pensé qu’il y ait tout ce monde ce soir et cela fait très plaisir. C’est vraiment du baume au cœur.

En attendant un potentiel repreneur, les commerces du quartier se mobilisent. Pascal Pigeat le boucher de l’avenue Cavaignac fait désormais dépôt de pain. Pain fourni par la boulangerie Le duc de Gourdon.

OLIVIER AGEORGES

1 commentaire pour “A Gourdon la boulangerie Masbou ferme ses portes

  1. François
    jeudi, 7 décembre 2017 à 20:11

    Souvenir de boulangerie ancienne

    Dans les années 50, Monsieur MALBY, boulanger à MONTGESTY, savait faire du bon pain

    Le fournil était juste en face de mon école natale et j’allais souvent avec l’autorisation des « mitrons » (aides du boulanger) voir faire le pain

    Le boulanger « aidait » le pétrin à brasser la pâte (élaborée sans instrument de mesure ,sauf le sac de farine)

    Il prélevait des panons (morceau de pâte) de la taille voulue (toujours aucun instrument de mesure !) qu’il mettait à gonfler et à reposer dans des récipients en bois revêtus de jute , fond et rebords recouvert de farine

    La préparation du four à voute (le boulanger y mettait à brûler des bordures de tronc que lui fournissait le Charpentier du village) était tout un art (combustion avec peu d’air car le four avait une toute petite cheminée et une ouverture close par une plaque de fonte à guillotine savamment réglée « au pif »))

    Quand le four était chaud, le boulanger enlevait les détritus de la combustion incomplète (charbonille) et nettoyait soigneusement la sole de briques réfractaires.

    Dans le four chaud, il introduisait les « panons » avec une palette de bois pourvue d’un long manche

    Quand le pain était cuit d’après son estimation ( je n’ai pas souvenir de pain trop ou pas assez cuit !)

    Il arrivait tout croustillant chez la boulangère (épicerie bistrot resto…)

    C’était le plus souvent une tourte ronde ou un pain long dit « de 4 livres »

    Comme tout était manuel, ces pains ne pesaient pas toujours « 4 livres »

    Donc avec un grand massicot (yeux d’enfant), la boulangère coupait un morceau d’un autre pain et le rajoutait sur la balance…

    Ces pains étaient si bons ( croûte dure mais pas trop, mie serrée sans « gouffres » comme on en voit de nos jours , dus à une maturation insuffisante de la pâte et à une cuisson trop violente par fours électriques) que j’en dévorais souvent une belle tranche avec une bille de chocolat Cémoi.

    Durée de conservation « frais » : 8/10 jours

    Les « anciens » mangeaient la soupe (parfois dès le petit déjeuner !) : tranches fines de pain (du Lot !) arrosées de bouillon avec des oignons ou des ails frits.

    Parfois, au repas du soir, ils faisaient « chabrot » (dans l’assiette chaude, un peu de « piquette » !)

    à l’origine (on va dire jusque dans le premier quart du XXème siècle) il s’agissait du vin que le vigneron élaborait pour sa consommation personnelle (lorsqu’il avait vendu sa production) en pressant une nouvelle fois les marcs de raisin

    ce vin était forcément de moins bonne qualité, tout au moins en terme de degré d’alcool . On pourrait lui appliquer la définition de Jean Ferrat “il faisait des centenaires, à ne plus savoir qu’en faire et ne vous tournait pas la tête”

    Pour les fêtes il faisait des « ficelles » et des « boulots » dits « parisiens » en bon pain tendre et croustillant…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.