Courants contraires à propos du compteur Linky d’ ERDF

Linky n’est pas encore dans le Lot que déjà des voix s’élèvent contre ce compteur électrique communiquant. Le directeur d’ERDF s’exprime, les Lotois inquiets aussi.

Avec ce tout petit boîtier jaune, certains voient rouge. Le nouveau compteur électrique Linky soulève beaucoup de questions et des inquiétudes aussi. Son déploiement en France a commencé en décembre dernier. Le Lot sera concerné dès 2017 par les premières installations à Cahors, pour s’achever courant 2021, avec un total de 120 500 compteurs Linky posés.

Patrice Bocquillon, directeur territorial d’ERDF Lot, a accepté de répondre à nos questions.

Ce compteur communicant fait polémique, à propos des ondes principalement et des données privées collectées. Que répondez-vous ?

Il y a beaucoup de contre-vérités qui circulent. Linky est conçu sur la même base que les compteurs électroniques qui équipent nos habitations et n’induit pas davantage de champs électromagnétiques. Il n’utilise pas d’émetteur radio, comme c’est le cas des téléphones portables, mais la technologie des courants porteurs en ligne que nous utilisons depuis plus de cinquante ans, via le réseau électrique. Des concentrateurs de quartier basculeront ces données à ERDF, en utilisant le réseau de téléphonie mobile. Linky enregistre une fois par jour la consommation globale d’électricité du client, pour la facturer, sans connaître le détail des appareils du foyer. Le compteur Linky respecte les dispositions sur les libertés informatiques et privées et les normes sanitaires françaises, européennes, et de l’Organisation mondiale de la santé.

Pourquoi procéder à ce renouvellement des compteurs ?

Une directive européenne de 2009 prévoit de diminuer de 20 % les émissions de gaz à effet de serre ; augmenter de 20 % l’efficacité énergétique ; passer à 20 % la part des énergies renouvelables ; tout en permettant aux consommateurs de mieux maîtriser leurs consommations. Des dispositions reprises dans la loi de Transition énergétique que nous devons mettre en œuvre.

Linky présente-t-il des avantages pour l’usager ?

Le premier, c’est d’établir une facture de la consommation réelle, et non plus estimée. Le deuxième est un compte personnel sur internet pour accéder à ses données clients et de nombreux services. Citons aussi : l’intervention à distance (ouverture/fermeture de compteur, changement de puissance, etc.), sans nécessiter la présence du propriétaire demandeur.

Le programme Linky représente un coût de 5 milliards d’euros. Qui va payer ?

Rien ne sera à la charge ni des communes, ni des usagers qui n’auront pas de changement de leurs conditions tarifaires. Cet investissement d’ERDF sera compensé par les économies réalisées sur les interventions techniques, les consommations non comptabilisées et le pilotage du réseau.

Y aura-t-il des suppressions d’emplois ?

Il n’y aura plus d’agents pour du relevé, mais Linky va créer de nouveaux métiers. Rien que son déploiement représentera 10 000 emplois. Dans le Lot, le Groupe Cahors produira les concentrateurs pour ERDF.

huffingtonpost


Le plan de déploiement

Le plan de déploiement Linky d’ERDF débutera par la commune de Cahors, au deuxième semestre 2017.

Puis, en 2018, les 34 communes en aval, en vallée du Lot et le secteur Puy-l’Évêque.

En suivant, en 2019, sera concernée la partie nord-est, vers Souillac, avec 64 communes.

Ensuite, en 2020, la partie ouest jusqu’à Figeac, avec 135 communes. Pour terminer en 2021 par les 106 communes restant dans le sud Lot, causse central et Grand Figeac.

Soit un total de 120 500 compteurs dans les 340 communes lotoises. Notez aussi l’installation de 5 200 concentrateurs dans les postes de distribution électrique.


 15/12/2016 l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) considère que les compteurs Linky ne présentent pas de risque sanitaire

Le fin mot de l’histoire pour les compteurs électriques Linky? Selon un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), les boîtiers jaunes fluo, qui seront installés dans tous les foyers d’ici 2021, n’émettent pas plus d’ondes que le chargeur d’un téléphone portable ou une télévision.

« Compte tenu de la faible puissance d’émission et du nombre réduit de communications (moins d’une seconde 2 à 6 fois par jour), l’exposition due aux compteurs est bien plus faible que celle due à un téléphone mobile », précise le communiqué de l’Agence.

« Les compteurs Linky produisent des signaux qui peuvent être équivalents à ceux des parasites créés par la mise en route d’appareils domestiques. Actuellement, il n’existe aucune donnée suggérant que les courants transitoires à haute fréquence puissent affecter la santé aux niveaux d’exposition mesurés. »

Souffler sur les braises

La polémique autour du compteur Linky a poussé l’Anses à s’emparer de cette question scientifique. Selon les militants anti-ondes électromagnétiques comme le laboratoire CRIIREM, les associations Robin des toits et Priartem au premier rang, Linky serait dangereux pour la santé à cause des ondes émises.

Bien que les arguments de ces militants aient été battus en brèche par les spécialistes, notamment dans une enquête approfondie publiée par Canard PC, la polémique est bien vivante. D’ailleurs, l’élue EELV, Michèle Rivasi demande jeudi 15 décembre sur un site spécialisé (le jour même où l’Anses a rendu son avis) que les études soient conduites par un collectif d’experts indépendants. Une manière de jeter la suspicion sur la probité des experts de l’Agence nationale et dénigrer cet avis censé clore la polémique.

L’histoire de Linky remonte à 2011

L’histoire de ce boîtier remonte à 2011, année officielle de son lancement. « Ce compteur communiquant, dit ‘intelligent’ parce qu’il transmet en temps réel la consommation d’électricité d’un foyer à ERDF (la filiale d’EDF en charge du réseau électrique de proximité), est censé offrir une meilleure gestion de la demande électrique tout en facilitant les économies », écrivait-on en 2013 sur le HuffPost.

De plus, « le consommateur équipé ne devrait plus payer une estimation mais bien sa consommation réelle d’électricité. Fini donc les mauvaises surprises de surfacturations. Autre atout, fini d’attendre trois jours pour faire ouvrir sa ligne d’électricité. Ce compteur fluo, qui affiche notamment la consommation électrique et permet de la relever à distance, doit permettre de raccourcir les délais d’intervention de 5 jours à moins de 24 heures. »

Le véritable danger, du côté de la vie privée ?

La question sanitaire n’est pas la seule à avoir été soulevée. Le journal Canard PC expliquait dans son enquête détaillée que le véritable danger de Linky se situait du côté de la vie privée. Le journal parle de « mouchard numérique », parce qu’il permettra « de connaître la plupart de vos habitudes, vos heures de lever/coucher par exemple, mais aussi d’en extrapoler bien d’autres: occupation des lieux, nombre de personnes dans le foyer, qualité de l’isolation thermique, etc. » Et ces données peuvent intéresser beaucoup de monde, comme les assureurs, les vendeurs de fenêtre ou de pompes à chaleur.

C’est sur ce secteur que l’Etat devra donner des gages. Pour le moment, l’installation du compteur pose de nombreux problèmes, plusieurs Français envisagent de porter plainte et près de 300 communes se sont prononcées contre.

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Ce que l’on sait sur l’électrosensibilité

Une Française attribuant son invalidité aux champs électromagnétiques s’est vue accorder une allocation de handicap. Pour autant, il ne s’agit pas encore d’une reconnaissance de l’électrosensibilité comme pathologie.

Mardi, un tribunal de Toulouse a décidé le versement d’une allocation de handicap à une femme disant souffrir d’électrosensibilité. S’il ne s’agit pas d’une reconnaissance directe de ce syndrome controversé, c’est la première fois qu’un malade revendiquant cette forme de souffrance voit son invalidité prise en charge. L’hypersensibilité aux champs électromagnétiques résiste encore largement à la science, au point que sa réalité même est encore débattue. Le Figaro fait le point sur l’état des connaissances.

• De quelles ondes parle-t-on?

Les études sur l’électrosensibilité portent sur l’impact sanitaire possible des champs électromagnétiques. On distingue:

-Les champs à basse ou extrêmement basse fréquences, émis par les lignes de transport et de distribution d’électricité, et tout appareil fonctionnant à l’électricité.

– les champs de hautes à extrêmement hautes fréquences tels que ceux utilisés en téléphonie mobile, en télévision et radiodiffusion FM, en radar et communication satellitaire ou dans les fours à micro-ondes.

A noter: l’intensité de ces champs diminue très rapidement à mesure que l’on s’éloigne de la source.

• Ces champs électromagnétiques présentent-ils des risques avérés pour la santé?

Les scientifiques reconnaissent qu’une exposition aiguë de forte intensité à des champs électriques et magnétiques a des effets néfastes sur la vision et le système nerveux.

Mais ce niveau d’exposition n’est pas celui de la population générale au quotidien. Sur ce point, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé en 2002 les champs d’extrêmement basses fréquences comme «cancérogènes possibles pour l’homme» sur la base d’études de population montrant un risque accru de leucémie chez les enfants (notamment avant 5 ans) exposés à des champs électromagnétiques d’une puissance relativement élevée (de plus de plus de 0,3 à 0,4 µT sur 24 heures). Cela concernait notamment les riverains immédiats des lignes électriques à haute ou très haute tension, dans un rayon de 50 mètres, selon l’Institut national de veille sanitaire. Le niveau de preuve scientifique actuel est encore insuffisant toutefois pour faire état d’un risque cancérigène certain, ou même probable: on est dans l’ordre du «peut-être».

En 2013, le Circ a classé les champs électromagnétiques de radiofréquences (des téléphones mobiles) dans cette même catégorie de risque. L’Anses précise qu’il concerne les utilisateurs intensifs ayant cumulé plus de 1640 heures d’exposition d’usage du téléphone portable à l’oreille. Là encore, le niveau de preuve scientifique ne permet pas d’être plus affirmatif qu’un peut-être.

Dans un rapport publié en 2010, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (alors Afsset) notait enfin que «l’hypothèse de l’implication de ces champs dans des pathologies neurodégénératives (Alzheimer et sclérose latérale amyotrophique) a été rapportée, notamment dans une méta analyse traitant des expositions professionnelles» et ne peut être écartée».

• Qu’est-ce que le syndrome d’électrosensibilité?

L’électrosensibilité, aussi appelée intolérance environnementale idiopathique aux champs électromagnétiques, est revendiquée par des personnes qui souffrent d’un ensemble de symptômes variables comme des maux de tête, de la fatigue, des rougeurs cutanées, des troubles du sommeil, des palpitations cardiaques ou encore des troubles de la concentration.

La souffrance de ces personnes n’est pas niée mais son origine reste incertaine. A ce jour, les multiples études conduites par la communauté scientifique n’ont pas permis d’identifier un lien de cause à effet avec une exposition à ces champs électromagnétiques. Ce qui ne facilite pas leur prise en charge par les médecins, reconnaît l’Institut de veille sanitaire. «L’établissement d’un diagnostic est confronté aujourd’hui à des difficultés majeures: il n’existe pas de groupement de symptômes spécifiques [et] aucun élément clinique ni examen complémentaire ne permet de poser ou de confirmer un diagnostic, d’expliquer le mécanisme de développement des symptômes et de les relier à une exposition aux champs électromagnétiques. Ainsi, le seul critère de définition d’un cas d’intolérance environnementale idiopathique est à ce jour l’attribution à une exposition à des champs électromagnétiques par le patient lui-même, des symptômes qu’il ressent», lit-on dans une note de position de l’InVS.

«La première difficulté que rencontrent les chercheurs, c’est que les symptômes attribués aux champs électriques sont très hétérogènes et souvent rencontrés en population générale», confirme le Pr Gabrielle Scantamburlo (unité de psychoneuroendocrinologie, CHU de Liège), auteur de «Champs électriques et magnétiques 50 Hz et santé: quel message au grand public?» (Revue médicale de Liège, 2015)

L’autre obstacle est l’absence de lésion somatique (biologique) identifiée comme étant causée par l’exposition électromagnétique. La question de l’origine de ces symptômes reste donc ouverte. «On n’écarte pas la possibilité d’une causalité, mais elle n’est pas identifiée. C’est pour cela que les études, déjà nombreuses, doivent continuer», explique le Pr Scantamburlo.

Pour acquérir une certitude, il faudrait pouvoir reproduire ce syndrome chez l’homme ou au moins chez l’animal dans un cadre expérimental. «Les nombreuses recherches sur l’hypersensibilité électromagnétique ont pâti, jusqu’à il y a peu, d’une approche inadaptée de symptômes subjectifs (qui constituent l’essentiel de cette situation clinique), estime l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans un rapport en 2013. Des progrès ont néanmoins été réalisés avec la quantification de ces symptômes et leur regroupement en composantes. L’harmonisation des méthodes utilisées laisse espérer un meilleur diagnostic», positive l’agence, qui livrera début 2016 les conclusions d’un vaste rapport sur les radiofréquences.

• Que conseiller aux personnes qui se pensent concernées?

«Dans notre unité au CHU de Liège, nous leur recommandons d’aller voir leur médecin traitant, afin de réaliser un examen médical complet destiné à identifier toute pathologie qui pourrait être responsable des symptômes. Si ce n’est pas le cas, nous préconisons une évaluation psychologique axée sur leurs conditions de vie et leur stress. Des mesures de la radiofréquence sur site (chez eux ou à leur travail) sont aussi parfois réalisées», explique le Pr Scantamburlo, soulignant qu’il est important d’écouter ces personnes «en grande souffrance et parfois marginalisées».

Le Figaro

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