La laine caussenarde cherche une seconde vie dans l’isolation des bâtiments

La laine des brebis des Causses du Lot, devenue un fardeau économique pour les éleveurs — son prix ne couvre même plus les frais de tonte —, pourrait trouver un débouché inattendu : l’isolation thermique et acoustique du bâti. C’est la voie expérimentale que explore depuis plusieurs années le Parc-Géoparc des Causses du Quercy, où plus de 200 tonnes de laine sont produites chaque année, dont près de 40 % ne sont pas collectées.

Après un premier chantier test à Sénaillac-Lauzès (200 kg de laine pour isoler des combles), quatre nouvelles opérations sont engagées en 2026 à Cras, Alvignac, Saint-Géry-Vers et Carlucet : environ 450 m² à isoler et 1 800 kg de laine caussenarde valorisés, principalement en vrac soufflé. En parallèle, des analyses mesurent la conductivité thermique du matériau, son comportement face aux champignons et au feu, afin de rassurer artisans et maîtres d’ouvrage.

Une filière à reconstruire

L’enjeu dépasse les chantiers pilotes : il s’agit de reconstituer une chaîne complète — collecte, tri, lavage, transformation, mise en œuvre — aujourd’hui fragmentée entre plusieurs départements, avec peu d’entreprises qualifiées. Le Parc s’appuie sur des acteurs locaux comme Le Mouton Givré et sur une recherche doctorale en architecture menée par Yolène Valière sur le réemploi des matériaux locaux.

La démarche a été présentée fin octobre 2026 au Congrès des Parcs Naturels Régionaux en Lorraine (« Prendre soin de nos territoires »), lors d’un atelier réunissant filières agricoles, innovation et création artistique. Une vitrine opportune : la présidente du Parc, Catherine Marlas, y a été élue première vice-présidente de la Fédération des Parcs naturels régionaux.

Sur les causses du Lot, l’élevage ovin façonne depuis des siècles les paysages et les savoir-faire agricoles. La brebis Causses du Lot, également appelée caussenarde, produit chaque année une toison dont les qualités naturelles peuvent trouver de nouveaux usages. Pourtant, la laine a progressivement perdu sa valeur marchande. Son prix de vente ne permet généralement plus de couvrir les frais de tonte, pourtant indispensable au bien-être des animaux.

Sur le territoire du Parc-Géoparc, plus de 200 tonnes de laine seraient produites chaque année, dont près de 40 % ne seraient pas collectées.

Face à ce constat, le Parc-Géoparc a engagé depuis plusieurs années une démarche expérimentale pour explorer une nouvelle voie de valorisation : utiliser cette laine comme matériau d’isolation thermique et acoustique dans les bâtiments. Une première expérimentation a été menée à Sénaillac-Lauzès, avec l’utilisation de 200 kg de laine locale pour isoler les combles aménagés d’un logement. Dans le prolongement de cette opération, le Parc-Géoparc a lancé en 2024 un appel à manifestation d’intérêt auprès de ses communes. Huit candidatures ont été examinées et quatre projets ont été retenus en 2025, après analyse de leurs caractéristiques techniques et des possibilités de mise en œuvre.

En 2026, quatre nouveaux chantiers sont engagés à Cras, Alvignac, Saint-Géry-Vers et Carlucet. Ils représentent environ 450 m2 de surfaces à isoler et 1 800 kg de laine caussenarde à valoriser.

Ces expérimentations permettent de tester concrètement les conditions d’utilisation de la laine dans le bâti existant, notamment sous forme de laine en vrac soufflée dans les combles ou entre les planchers.

En parallèle, des analyses sont conduites pour mieux caractériser les performances du matériau : conductivité thermique, comportement face au développement fongique et réaction au feu. Ces connaissances sont essentielles pour sécuriser les usages et faciliter, à terme, l’appropriation de ce matériau par les artisans et les maîtres d’ouvrage.

L’enjeu ne se limite pas à la réalisation de quelques chantiers expérimentaux. Il s’agit de contribuer à reconstruire une chaîne de valorisation de la laine, depuis les élevages jusqu’aux bâtiments. Collecte, tri, lavage, traitement, stockage, transformation et mise en œuvre : chacune de ces étapes mobilise des compétences et des savoir-faire spécifiques. Aujourd’hui, cette chaîne reste encore fragmentée. La transformation de la laine nécessite notamment de mobiliser des acteurs situés dans plusieurs départements, tandis que les entreprises qualifiées pour sa mise en œuvre demeurent peu nombreuses. En accompagnant les expérimentations et la production de connaissances techniques, le Parc-Géoparc entend contribuer à lever progressivement ces obstacles, en lien avec les acteurs de la filière, notamment Le Mouton Givré, identifié sur le territoire.

Cette démarche s’appuie également sur un travail de recherche doctorale en architecture, conduit par Yolène Valière au sein du Parc-Géoparc, consacré au réemploi des matériaux et à la valorisation des ressources locales dans le bâtiment.

L’ambition est de faire émerger de nouveaux débouchés pour la laine caussenarde, tout en créant des opportunités pour les éleveurs, les artisans et les entreprises du territoire.

Du 21 au 23 octobre 2026, le Parc-Géoparc des Causses du Quercy a participé au Congrès des Parcs Naturels Régionaux, organisé en Lorraine autour du thème « Prendre soin de nos territoires ». La démarche de valorisation de la laine caussenarde y a été présentée dans le cadre de l’atelier « Les filières locales, entre héritages et innovation ». Il a permis de croiser plusieurs expériences autour de la laine, avec notamment les interventions de Stéphane Ermann, président de la SCIC Mos-Laine, et d’Émilie Meillaud, artiste plasticienne.

De l’élevage à l’isolation des bâtiments, en passant par la création artistique, ces témoignages ont illustré la diversité des usages possibles de cette matière et l’intérêt de faire dialoguer les filières agricoles, les savoir-faire, l’innovation et la création.

À travers cette expérience, le Parc-Géoparc des Causses du Quercy rappelle le rôle des Parcs Naturels Régionaux dans l’expérimentation de solutions adaptées aux ressources et aux besoins de leurs territoires. Redonner de la valeur à la laine caussenarde, c’est à la fois soutenir une activité agricole emblématique, explorer de nouvelles solutions pour la rénovation des bâtiments et contribuer au développement d’une économie locale fondée sur les ressources du territoire.

Au cours de ce congès, Catherine Marlas, présidente du Parc Naturel Régional – Géoparc mondial UNESCO des Causses du Quercy, a éré élue première vice-présidence de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France.

Source : medialot