Les services publics ferment dans l’Eure

Le maire d’Evreux Guy Lefrand fermera ses services publics mercredi pour dénoncer la suppression de la taxe d’habitation. Il veut alerter sur les conséquences de la réforme.

Un vent de révolte souffle sur les collectivités locales. Plusieurs maires de l’Eure ferment leurs services publics ce mercredi pour protester contre la réforme de la taxe d’habitation. Une sorte de grève contre le gouvernement, qui s’est engagé à supprimer cet impôt pour 80% des foyers d’ici trois ans.

Destinée à renforcer le pouvoir d’achat des Français, cette mesure inquiète ces élus locaux. Et pour cause: la taxe d’habitation a rapporté plus de 22 milliards d’euros aux communes et intercommunalités en 2016. Même si Emmanuel Macron a promis une compensation de l’Etat à « l’euro près », de nombreuses communes craignent de ne plus pouvoir assumer pleinement leurs missions.

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Maire d’Evreux, Guy Lefrand (LR) ferme plusieurs services publics ce mercredi. Dans sa commune, il n’y aura pas de centre de loisirs, de cantine, de ramassage des ordures ménagères et la piscine sera fermée. Les fonctionnaires municipaux travailleront dans leurs bureaux mais les guichets seront fermés. La sécurité publique sera en revanche assurée. L’édile explique à L’Express le sens de cette journée de mobilisation.

Vous limitez l’accès aux services publics pour manifester votre opposition à la réforme de la taxe d’habitation. Pourquoi avoir choisi ce moyen d’action?

Guy Lefrand: Actuellement, c’est haro contre les impôts locaux et les élus locaux dans nos communes. Les gens se disent: ‘si on ne paie plus la taxe d’habitation, c’est tant mieux, on y gagne’. Mais ils ne semblent plus savoir à quoi servent ces impôts locaux: financer des crèches, des piscines municipales, les maisons de retraite… A cela s’ajoutent les compétences régaliennes que l’Etat n’assume plus, comme la sécurité. Dans ma ville, j’ai 60 agents de sûreté et prévention, dont 26 policiers municipaux.

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Tout cela a un coût. Je veux que les gens comprennent qu’en perdant des recettes fiscales, on ne peut plus assumer certains services publics. Il faut rétablir le lien entre les impôts locaux et les services publics locaux.

Les habitants de votre ville paient des impôts pour avoir accès aux service publics. Ils peuvent se sentir lésés par votre démarche…

Je prends un risque politique. Je me mets en danger pour que les gens prennent conscience, ce n’est pas un coup politique. J’en ai parlé à Bruno Le Maire [le ministre de l’Economie est député de l’Eure]. Je veux bien qu’on transfère des services publics locaux vers le privé. Mais il faut le dire clairement. On ne peut pas baisser les impôts locaux de cette manière et demander aux communes d’avoir le même niveau de service public.

Quel impact aura la réforme de la taxe d’habitation dans votre commune?

La suppression de la taxe et la baisse des dotations de l’Etat fait un trou de 2 millions d’euros dans le budget 2018. J’ai trois options devant moi. On va devoir fermer des services publics à l’avenir et augmenter les tarifs, comme ceux de la piscine. Enfin, on risque de devoir baisser les investissements de la commune. C’est un risque pour l’emploi local. Des entreprises pourraient déposer le bilan.

Emmanuel Macron a pourtant promis une compensation de l’Etat « à l’euro près »…

Il y a juste un engagement du président de la République, ça ne suffit pas. Il n’a d’ailleurs pas expliqué comment cette compensation allait se faire. D’ailleurs, il faut être naïf pour croire qu’il va rendre d’une manière ou d’une autre ce qu’il nous prend avec cette réforme.

A titre personnel, je ne suis pourtant pas opposé à cette baisse, j’y suis même plutôt favorable. Dans mon programme, je me suis engagé à baisser les impôts locaux. Mais il n’y a ni vision ni organisation dans cette mesure. On annonce une baisse et on réfléchit après. Ce n’est pas sérieux.

Que demandez-vous au gouvernement?

Il faut un moratoire sur la suppression de la taxe d’habitation et réfléchir à une compensation. Nous avons également besoin d’un débat national sur la place du service public et son périmètre d’action. L’Etat doit enfin assumer ses compétences régaliennes. On est aujourd’hui est au pied du mur. La technocratie a pris le pouvoir à Paris et Bruxelles. Elle veut prendre le pouvoir sur les collectivités en les asphyxiant. Il y a une lutte contre la démocratie locale.

L’Express