L’été 2026 pourrait-il être un avant-goût du futur ?
Pour l’instant, on n’échappe pas aux constats.
- Juin 2026 est le mois de juin le plus chaud jamais observé en France.
- Plus des 2/3 des nappes phréatiques françaises sont désormais sous les normales de saison.
- Aucun département ne présente d’excédent pluviométrique sur les 30 derniers jours.
- Les arrêtés sécheresse continuent de s’étendre sur une grande partie du territoire
Avant même le milieu de l’été nous avons connu
- trois canicules,
- des mesures de vigilances rouge qui s’enchaînent
- des records de température au-delà de 40 °C.
- une sécheresse qui a atteint un niveau historique.
Jamais autant d’hectares de forêts n’avaient brûlés à cette période de l’année
Pour qualifier tout cela, des adjectifs : inédits, hors norme, historiques, exceptionnels…
Et pourtant cela fait des décennies que les climatologues alertent sur l’augmentation et l’intensification des catastrophes climatiques sous l’effet du réchauffement provoqué par les activités humaines.
Assiste-t-on à des épisodes plus extrêmes que prévu ? Le réchauffement est-il en train d’accélérer ?
« Je ne connais aucun collègue qui ait été surpris », Valérie Masson-Delmotte, climatologue coordinatrice d’une vaste analyse de l’Institut Pierre-Simon-Laplace sur la vague de chaleur de juin, « On est entrés dans une zone dangereuse, mais c’est attendu dans notre climat en raison de la hausse des émissions de gaz à effet de serre humaines ».
La vague de chaleur de juin figurait bien dans la gamme des événements attendus par les modèles climatiques.
Selon Julien Cattiaux (chargé de recherche au CNRS), rapportée au climat d’aujourd’hui, cette canicule est même moins exceptionnelle que celle d’août 2003, qui était susceptible de se produire tous les trois cents ou cinq cents ans. Et l’épisode aurait pu être plus intense !
Ces événements donnent ainsi à voir ce que signifie vivre dans une France qui s’est déjà réchauffée de 2,2 °C depuis le début du XXe siècle.
Ce qui intrigue vraiment les climatologues c’est un océan anormalement chaud
Une succession de trois canicules rapprochées, en mai, en juin et en juillet est une séquence est très rare, mais pas inédite : 2022 avait déjà été jalonnée par trois vagues de chaleur estivales, ainsi que deux autres épisodes de chaleur, l’un très précoce (en mai) et l’autre tardif (fin octobre).
« Mais c’est quand même étonnant. Il va y avoir beaucoup de recherche sur ce sujet », annonce le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche (CNRS) à l’Ecole normale supérieure (ENS).
Cet enchaînement peut relever du simple hasard statistique, mais il peut aussi traduire la persistance de configurations atmosphériques propices aux vagues de chaleur.
L’été 2026 pourrait-il être un avant-goût du futur ?
Oui et non.
La France vit aujourd’hui un été moyen pour le climat de la fin du siècle, mais ce dernier comportera aussi des périodes chaudes, et des événements extrêmes, qui s’avéreront alors bien plus forts que les actuels.
Cette tendance ne signifie pas pour autant que l’été 2026 est le plus froid que nous allons vivre.
« Les étés vont devenir plus chauds en moyenne en raison du réchauffement, mais il y aura toujours de la variabilité naturelle, ce qui signifie que l’on pourra toujours vivre certains étés plus froids », précise la climatologue Aglaé Jézéquel, de l’ENS.
Le réchauffement est-il en train d’aller plus vite que prévu ?
Là encore, les chercheurs appellent à la prudence. « Un seul été est une période trop courte pour conclure à une accélération du réchauffement climatique, surtout sur une seule région du monde », (Robin Noyelle, climatologue à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich)
Les scientifiques gardent en mémoire le ralentissement de la hausse des températures mondiales entre 1998 et 2012, qui avait nourri les argumentaires climatosceptiques, alors qu’il relevait de la variabilité naturelle du climat.
Des incertitudes subsistent néanmoins. La quasi-totalité des modèles climatiques sous-estiment la vitesse à laquelle les extrêmes de température ont augmenté l’été depuis plusieurs décennies en Europe de l’Ouest – le continent qui se réchauffe le plus vite. « C’est comme avec un dé : ces dernières années, on a eu plus de 5 ou de 6 que ne suggèrent les modèles. Ces événements extrêmes sont possibles, mais arrivent un peu trop souvent », compare Robin Noyelle.
Les hypothèses restent aussi ouvertes. La diminution de la pollution de l’air joue un rôle, en révélant une partie du réchauffement jusque-là masquée. Une autre possibilité, bien plus inquiétante, n’est pas exclue par tous les spécialistes : celle d’un emballement de la crise climatique, en raison de cercles vicieux. Pour Davide Faranda, directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et l’environnement, au CNRS, « Les événements qui pulvérisent les records se multiplient ces dernières années, prévient-il. Dans des systèmes complexes, c’est l’un des signes que l’on pourrait approcher de points de bascule. »
Source : Le Monde
Image : le Céou


