Quand Internet menace le Triangle noir du Quercy

Déjà gênés par la pollution lumineuse des villes, les astronomes doivent désormais faire avec les satellites américains envoyés en orbite de la Terre par dizaines. Le haut débit sacrifie l’observation spatiale…

On ne vous apprend rien en disant que le Lot dispose d’un des plus beaux ciels de France, voire d’Europe. Le célèbre Triangle noir du Quercy – du nom de cet espace où, au cœur des causses, la quasi-absence de pollution lumineuse rend nette l’observation du ciel étoilé – fait la fierté des habitants à la nuit tombée, lorsqu’il s’agit de lever le nez vers cette voûte bleutée qui dévoile toutes ses merveilles. Le département regorge d’ailleurs de passionnés d’astronomie, plus ou moins amateurs, qui n’hésitent pas à caler leur œil au bout d’un télescope dès que l’occasion se présente.

C’est notamment le cas des membres du club d’astronomie de Gigouzac, au nord de Cahors. Vendredi dernier, le club organisait ainsi une séance d’observation du ciel ouverte au public. Au programme : découverte des étoiles, des constellations et prises de vue. Sauf que la soirée a été marquée par une apparition inhabituelle…

Une meute de satellites

« On a vu tout à coup apparaître une cohorte composée d’une soixantaine de points blancs, formant une colonne et traversant le ciel nocturne de part en part », raconte Bernard Deleris, secrétaire de l’association. S’agirait-il d’un début d’invasion extraterrestre en bonne et due forme ? Pas du tout. Cette intrusion est d’origine humaine. Depuis plusieurs années, la société Starlink, détenue par le milliardaire américain Elon Musk, développe un programme de fourniture d’un accès à Internet par satellite.
Le but ? Pouvoir se connecter depuis n’importe quel endroit du globe. Pour cela, l’homme le plus riche du monde programme l’envoi en orbite autour de la Terre, de milliers de satellites, « pas plus grands qu’une machine à laver », précise Bernard Deleris. Une présence tout sauf discrète, qui gêne énormément les scrutateurs attentifs de l’espace.

« Je pense aux astronomes professionnels pour qui ça doit être compliqué »

« Ça gâche nos observations et nos photos », râle le secrétaire du club d’astronomie de Gigouzac qui relativise toutefois : « Et encore, nous ne sommes que des amateurs, des passionnés. Je pense aux astronomes professionnels pour qui ça doit être compliqué. »
La situation ne va pas aller en s’améliorant. De nouveaux envois au-dessus de nos têtes sont autorisés chaque année.

Le deuxième front de la pollution

L’apparition de ces satellites parasites n’est pas le premier problème des observateurs du cosmos. Depuis plusieurs décennies, les astronomes se battent contre la pollution lumineuse qui émane des villes. Le Triangle noir du Quercy est d’ailleurs cerné par plusieurs grandes agglomérations comme Figeac, Cahors, Brive ou encore Montauban. De quoi créer des halos très perceptibles au cours des observations.

« Nous essayons de sensibiliser au maximum les collectivités. Le parc naturel régional des Causses du Quercy est très mobilisé sur le sujet », raconte Bernard Deleris, qui évoque l’existence des villages étoilés. « La pollution lumineuse ne gêne pas que les astronomes. Elle dérange également la faune et la flore nocturne. Certains insectes ne participent plus à la pollinisation mais sont attirés par les lumières », déplore-t-il.
Un combat à mener sur deux fronts pour préserver le Triangle noir et ses 5 000 astres observables chaquenuit.

ladepeche.fr