Quand on reparle du recyclage des bouteilles en plastique et de la « consigne ».

Des machines à recycler les bouteilles plastiques sont de plus en plus souvent présentes à l’entrée de nos super-marchés. D’aucuns pensent qu’en y jetant ses bouteilles plastiques (plutôt qu’en les triant dans les bacs jaunes) ils font d’une pierre 2 coups. Réduire la pollution plastique et gagner un peu d’argent.

Mais la machine de recyclage n’est pas une solution miracle. Elle peut être contre-productive si elle remplace les efforts de réduction à la source. Et cette « façon de trier » qui rentre petit à petit dans nos habitudes, ne nous prépare-t-il pas insidieusement à la consigne des bouteilles plastique ? (Voir en fin d’article « Collecte des déchets : la consigne est-elle une solution ? « )

Alors qu’elle diminuait depuis 2018, l’utilisation des bouteilles plastiques est repartie à la hausse depuis 2022 avec des ventes d’eau en bouteille qui ont crû de plus de 3 % en 2025.

Sur le plan environnemental, la consigne tend à « banaliser » l’utilisation des bouteilles plastiques. La France s’est fixé un objectif de réduction de 50 % de la vente de bouteilles plastique d’ici à 2030 par rapport à 2018 et de sortir du plastique à usage unique à l’horizon 2040.

Associations d’élus et association de défense de l’environnement se mobilisent contre un projet « spécieux » et « anti-écologique »


💥 Un projet que les élus croyaient enterré depuis 2023 est relancé contre toute attente

Emmanuel Macron a en effet demandé au gouvernement de relancer la « concertation » sur ce dispositif, arguant que le non-respect des objectifs européens de recyclage coûtait 1,5 milliard d’euros par an en amendes à la France. Problème : selon un dossier argumenté diffusé par les associations d’élus, cet argument est trompeur. La contribution européenne ne concerne pas que les bouteilles (10 % des déchets plastiques), mais l’ensemble des emballages. Même avec une consigne efficace, la facture ne baisserait que de… 100 millions d’euros (passant de 1,5 à 1,4 milliard).


⚠️ La consigne, une « fausse solution » aux effets pervers

Pour les opposants – élus, Réduire+, France Nature Environnement (FNE), Cercle national du recyclage (CNR), et autres collectivités –, la consigne est contre-productive :

  • Elle augmente la production de plastique : Dans les pays l’ayant adoptée, la consigne a stimulé la fabrication de bouteilles, alors que la loi Agec (2020) vise une réduction de 50 % d’ici 2030 et la disparition totale des bouteilles plastique d’ici 2040.
  • Un « jackpot » pour les industriels : Si 35 % des consommateurs ne rapportent pas leurs bouteilles, les embouteilleurs empocheront 980 millions d’euros par an (via le non-remboursement des consignes), tout en augmentant les prix« Mutualiser les pertes pour privatiser les profits », dénonce Philippe Bolo (France urbaine).
  • Double peine pour les citoyens : Ils paieraient à la fois la TEOM/REOM (taxe d’enlèvement des ordures) et la hausse des prix des bouteilles, sans garantie de gain écologique.

Odile Begorre-Maire (Intercommunalités de France) y voit un « démantèlement du service public » au profit des industriels, qui convoitent le PET (seul plastique recyclable rentable).


📉 L’État accusé de ne pas appliquer la loi Agec

« Les collectivités ont fait le job » (massification du tri, investissements), mais « l’État ne fait pas le sien », martèle Jean-Patrick Masson (CNR). Résultat : la production de plastique est en hausse, alors que la loi exige une baisse de 50 % d’ici 2026.

Pour Axelle Gibert (FNE), « la fausse consigne recycle les bouteilles, alors que l’urgence est de réduire leur production ».


💡 14 propositions ignorées depuis 2023

Les associations ne prônent pas l’immobilisme : elles ont déjà soumis 14 mesures concrètes pour atteindre les objectifs européens, dont :

  • Simplifier le tri (tous les emballages dans le bac jaune).
  • Densifier les points de collecte et augmenter leur fréquence.
  • Rendre les objectifs plus contraignants pour les éco-organismes, avec sanctions automatiques en cas de manquement.
  • Réformer la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) pour la rendre plus incitative.
  • Développer un plan national contre la pollution plastique.

Aucune n’a été étudiée par l’exécutif. Seul espoir : le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a promis d « examiner » ces propositions après une réunion tendue avec les élus. Mais aucune garantie qu’il y donne suite – ou qu’il renonce à la consigne.


🔮 Concertation sous tension

Les réunions se poursuivent ce mois-ci. Pour l’instant, le gouvernement semble sourd aux arguments des élus et écologistes, malgré leur unité sans faille et leurs preuves chiffrées.

« La consigne, c’est le recyclage des erreurs passées », résume un observateur. La bataille est loin d’être terminée.

Source : Maire info