Faire classe en temps de confinement

Pour les professeurs comme pour leurs élèves, le confinement les oblige à repenser le système éducatif traditionnel. En terminale, à quelques mois du bac, l’inquiétude commence à se faire sentir.

Fanny Sikora enseigne l’anglais à des élèves de seconde, de première, de terminale et de BTS au lycée Clément Marot. Au total, cela représente sept classes, dont trois à examen, comportant entre 20 et 30 élèves. Depuis le début du confinement, l’enseignante a dû bouleverser ses réflexes professionnels. Et les élèves, leurs habitudes d’apprentissage.

 

“Travailler de cette façon, c’est chronophage. Pour les cours de langue, il y a beaucoup de choses qui passent par l’oral. Maintenant, il faut tout mettre à l’écrit et de façon numérique”, déplore l’enseignante. Mère de deux enfants scolarisés en primaire et collège, elle doit toute la journée jongler entre son rôle de mère et son rôle de professeur. “Il faut prendre en compte les situations personnelles. Je dois aussi aider mes enfants à faire leurs devoirs. Cela me prend environ 5 h par jour et complique donc mon travail”. Un état des lieux aggravé par les problèmes de connexion à l’Espace Numérique de Travail (ENT), la plateforme permettant aux professeurs, aux élèves et à leurs parents de rester en contact, et dont les serveurs surchargés peinent à tenir le rythme.

 

“On nous conseille de faire des visioconférences. Mais je vis entre Lalbenque et Cahors : chez moi il n’y a pas assez de débit pour cela”.

Face aux récents changements qui bouleversent le quotidien de tous, elle a donc décidé de prendre le parti de la rigueur. “Dès le début j’ai envoyé, via l’ENT, un mail commun à tous mes élèves et à leurs parents pour leur donner le plan de travail. Pour une heure de cours, je leur envoie un document avec les exercices et un corrigé. Pour répondre aux questions individuelles, on utilise le plus souvent nos boîtes mails personnelles. Et pour les travaux à rendre, ceux à l’oral notamment, on a créé un Google Drive”.

De son côté, pour éviter les inégalités et aider les familles qui n’auraient pas internet ou un ordinateur disponible, le lycée a également proposé aux familles de prendre en charge les photocopies des cours et de les envoyer par la poste. “Malheureusement, je crois que peu de parents se sont manifestés auprès de l’administration”, avance Fanny Sikora. “En règle générale, j’ai peu de retours de la part des parents. C’est décevant”.

Un des principaux bémols de cette nouvelle méthode d’enseignement vient de la motivation à géométrie variable des élèves. “En première spécialité anglais, sur 20 élèves, 18 sont réactifs et rendent leur devoir. En terminale, j’ai eu des nouvelles de seulement six d’entre eux”, précise l’enseignante.

Son conseil : organiser sa journée selon l’emploi du temps habituel. “L’important c’est de garder le même rythme. Je pense que mes élèves ont confiance en moi. S’ils suivent mes consignes, ils auront le matériel nécessaire pour le bac”, assure-t-elle.

Respecter l’emploi du temps, c’est ce que fait Cédric *, un des élèves de Fanny Sikora. Pourtant cela ne l’empêche pas de ressentir une petite angoisse à quelques mois du bac. “Certains profs sont organisés et nous envoient régulièrement du travail. D’autres nous ont un peu oubliés”, regrette l’adolescent, actuellement en filière Sciences et Technologies du Management et de la Gestion (STMG). “C’est plus difficile de travailler chez nous, sur un ordinateur, qu’en classe et sur du papier. J’essaie de suivre les horaires de cours, mais il y a aussi d’autres corvées à faire à la maison. Mes parents m’encouragent, mais ma mère ne parle par français, alors elle ne peut pas m’aider.” Lui estime avoir au moins une chance : il n’a pas à partager son ordinateur avec le reste de sa famille, comme certains de ses amis.

*Le prénom a été modifié
Caroline Peyronel La Dépêche

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