Gourdon, première ville d’accueil… avant l’échec

migrants-gourdon2Alertés sur les conditions de vie et d’accueil difficiles de migrants ou réfugiés dans l’ancien centre d’accueil et d’orientation de Gourdon, aujourd’hui fermé, les services de la préfecture du Lot n’ont pas décidé de rouvrir cette structure à vocation humanitaire.

«Gourdon ne peut donc pas accueillir de réfugiés en provenance de Calais», confirme Marie-Odile Delcamp, maire de Gourdon, qui avait manifesté son sens de la solidarité lors d’un précédent épisode migratoire où elle avait pris une position sociale et solidaire très claire sur ce sujet. Fidèle à ses engagements et à une certaine philosophie sur ce dossier, elle ne comprend pas le silence et le mystère qui entourent ce dossier. Elle s’en étonne. «C’est incompréhensible. Pour ma part, j’estime que les populations doivent être informées. Le dialogue et l’information sont nécessaires dans ce genre de dossier. Les élus locaux doivent s’exprimer. Les villes devraient même organiser des réunions publiques au cours desquelles les élus évoqueraient ce sujet en toute transparence», conseille-t-elle. Les Lotois ne pourront qu’être d’accord avec ce principe élémentaire que l’on appelle tout simplement, en résumé, un acte de démocratie participative. Son accomplissement local laisse à désirer.

Marie-Odile Delcamp est la première élue municipale à prendre cette position sur le sujet des réfugiés dans l’espoir que le poids de ses mots permettra de dissiper l’épais brouillard qui enveloppe ce dossier. Interrogé hier sur la question de l’accueil de réfugiés de Calais, Daniel Souladié, maire du Vigan, dont la commune a été citée par la Cimade, ne comprend pas que cette association puisse avancer le chiffre de «dix réfugiés» dans sa commune.

«J’en serais tout de même le premier informé. Nous n’attendons pas de réfugiés. Dans le cas contraire, je me demande bien où nous pourrions les accueillir», dit-il balayant ainsi l’hypothèse plaçant Le Vigan sur la carte des communes d’accueil. Il en faudra bien dans le département Lot pour lequel, logiquement, la solidarité n’est pas un vain mot.

J.-L.G La Dépêche

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France Inter

Gourdon, première ville d’accueil… avant l’échec

Ce travail d’identification des sites s’accentue. Parfois contre les maires, parfois avec leur soutien. Gourdon, dans le Lot, est une des premières communes qui s’est portée volontaire pour accueillir des migrants.

Les premiers migrants sont arrivés après la première évacuation de la « Jungle » à Calais et du squat du métro Stalingrad. Ils sont arrivés dans un autobus sur lequel il était écrit « allez au bout de vos rêves »… Dès qu’on apprend qu’ils vont arriver à Gourdon, on installe des lits de camp dans l’ancienne gendarmerie, comme nous le raconte Marie-Odile Delcamp, la maire de la ville. Elle se souvient de l’arrivée de 25 personnes « extrêmement fatigués », qui venaient du camp de Stalingrad à Paris.

Il était 1h du matin et « il a fallu les loger et les faire manger », elle poursuit :

Au départ on avait une liste, à l’arrivée ce n’était pas la même. On a essayé de savoir qui était qui. Aucun moyen de vérifier quoique ce soit car c’est du déclaratif. On ne s’est pas posé de questions, on s’est dit « ils restent là ».

La maire de Gourdon ne connaissait pas exactement le nombre d’arrivants, et le lendemain, ils n’étaient plus que 15, le soir ils étaient 10. Elle se souvient alors de la première arrivée de migrants à Gourdon, début mars :

Deux afghans nous ont quittés. Plus tard, ils avaient prévenus les autres qu’ils étaient arrivés en Angleterre. Je ne sais pas par quel moyen…

Le premier besoin des personnes qui arrivent, c’est de manger. Les bénévoles se mobilisent pour leur trouver ce dont ils ont besoin, ils s’arrangent pour que chacun puisse avoir la nourriture qui lui convient : Hallal ou pas. La maire de Gourdon se souvient :

On a eu des dons à la mairie, et par le comité de soutien aux migrants sur le marché. Cela a rapporté 2000€ et quand ils avaient besoin de faire des courses on les emmenait où ils voulaient.

Le premier besoin est donc satisfait. Ensuite, on fait ce qu’il faut pour les intégrer à la vie du village, et cela passe par des activités toutes simples : au stade, dans les fêtes… Un bénévole raconte :

Je les ai emmenés deux fois voir des matchs de rugby, ils ont trouvé ça violent mais ça leur a plu !

Les bénévoles les emmènent aussi danser au village ou jouer au loto :

Une fois Amir a gagné une corbeille/apéritif, alors elle l’a échangé contre un plateau de fraises ! Parce qu’ils ne boivent pas d’alcool.

En haut lieu, on s’aperçoit bientôt qu’on a perdu la moitié des soudanais et des afghans dans la nature. Certains sont partis en Angleterre, d’autres à la ferme. On sent bien que ceux qui restent ne se sentent pas à l’aise : ils passent leur nuit sur leur smartphone à échafauder des plans, car beaucoup rêvent de partir à Calais. Ils ne voient pas leur avenir à Gourdon, et cela les travaille beaucoup, explique Martine Anéro, une bénévole, qui raconte qu’une fois dans un appartement – « isolé » – dans un quartier de Cahors où ils n’avaient plus d’occupation, ils finissaient par regretter Calais :

A Calais, ils devaient survivre, ils cherchaient des plans pour pêcher, troquer… il y avait une vie. Et ils se retrouvent là avec un grand vide, à gamberger sur ce qu’il s’est passé et où ils en sont.

Finalement, ils ne repartent pas à Calais et au bout de 4 mois, la maire de Gourdon envoie une lettre ouverte à la Préfète pour lui demander une pause. Elle demande qu’on ne lui envoie plus de migrants tant qu’on n’aura pas fait le bilan de l’opération et qu’on n’aura pas précisé les rôles de chacun. En guise de réponse, la Préfète décrète la fermeture. Un crève-cœur pour la maire de Gourdon qui était pleine de bonne volonté :

On a simplement fait remonter que le turn-over des personnes ne nous permettait pas d’assurer un accueil digne. En guise de réponse, on a fermé le centre et on ne m’a pas dit qu’un centre s’ouvrait à Figeac.

Si parfois les élus ne veulent pas de réfugiés, là on prive une commune qui veut en accueillir. La Préfète estime que les extras à Gourdon, c’est à dire les vrais lits et « les jouets pour les enfants » n’étaient pas nécessaires. Elle interprète la demande de pause de la maire comme un refus d’accueillir.

Les derniers migrants de Gourdon sont partis pour Figeac et les adieux étaient à la fois bon enfant et émouvants.

Les derniers soudanais ont rangé leurs vivres dans le coffre de l’assistante sociale. Dominique Gaudino, un voisin rapatrié d’Algérie, a embrassé Mahmoud, venu du Darfour. Il dit regretter ce « gâchis humain » et estime qu’ « on les ballade ».

Demander le statut de réfugié : l’inévitable entretien de l’OFPRA

Une fois les migrants répartis sur le territoire comme à Gourdon, il leur faut se rendre à l’Office Français pour les Réfugiés et Apatrides (OFPRA), pour un entretien individuel obligatoire. Pour cela, il faut retourner à Paris… et c’est un véritable parcours du combattant.

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Mohamed Sedequey était chauffeur de poids lourd pour la coalition en Afghanistan. Il est arrivé dans la « Jungle » de Calais en décembre avec sa femme et 6 enfants, avant d’être évacué en mars de Calais à Gourdon. Il a ensuite été transféré à Cahors, puis à Auch dans le Gers. 6 mois plus tard, il arrive à Paris, gare Montparnasse, avec sa femme Mabouba, la poussette du petit et sa convocation pour le lendemain à l’OFPRA.

La poussette dans les transports en commun c’est un handicap, mais cela vaut aussi pour tous les parisiens qui ont des poussettes. Mais ensuite, il y en a un deuxième… trouver où est installé l’OFPRA… Sur le papier, c’est à Fontenay Sous-Bois en proche banlieue Est. Mais il faudra aller de l’hôtel à l’OFPRA, alors on cherche la gare du RER Val de Fontenay sur le plan dépliable de la RATP, sauf que la station n’apparait pas sur le plan, ce qui est un peu déroutant… surtout quand on ne connait pas la ville, qu’il y a la barrière de la langue et que, comme Mohamed, on ne sait pas lire. Beaucoup se perdent et quand ils quittent Bordeaux, les Sedequey ne savent pas dans quelle gare ils vont arriver. Alors parfois, on compte sur les bons samaritains rencontrés par hasard, comme cette voyageuse :

Les femmes ne parlent pas anglais donc il faut faire des signes. C’est pas évident… pour trouver la gare, on ne s’en rend pas compte : c’est écrit « MONT 1 et 2 », il faut savoir que c’est Montparnasse…

Arrivée à l’OFPRA, la famille Sedequey entre sans faire la queue car ils ont une poussette.

Ensuite, ils seront reçus dans un box par un officier de protection pour un entretien enregistré qui durera une heure. Il y a un traducteur, l’interrogateur pose tout par écrit et remet une copie à la fin. Il vérifie leur identité, leur prend leurs anciens papiers, et leur demande de faire le récit de leur parcours, c’est-à-dire : pourquoi ils sont partis, comment, avec qui… Pour cette famille, cela s’est bien passé : un mois et demi plus tard, ils obtiennent le statut de réfugié pour 10 ans, et les grandes filles sont maintenant à l’école à Auch , dans le Gers.

Pour d’autres, cette étape ne se termine pas si bien : quand on donne des papiers à 40 000 demandeurs, on les refuse à plus de 100 000. En moyenne, 4 demandeurs sur 10 obtiennent le statut.

 

 

 

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