Le déclenchement du coronavirus à l’hôpital de St Céré

L’hôpital de Saint-Céré a connu une situation difficile au niveau des hospitalisations, fin avril. Le représentant des usagers explique ce qui s’est passé, à partir d’un test faux.

Christian Lecomte est représentant des usagers à l’hôpital de Saint-Céré et à la maison Notre-Dame (Ehpad*) à Bretenoux, depuis le 1er janvier 2020. Cette délégation des usagers auprès des instances de direction, a été mise en place, il y a plus de 20 ans, suite à l’affaire du sang contaminé, de manière à prendre en compte les droits des usagers : droit de savoir !

Pour les patients, il s’agit du droit d’être informé de la maladie dont on est atteint, droit de connaître le traitement appliqué, droit d’être tenu au courant de la nature des interventions envisagées.

Le représentant des usagers a accès au cahier des observations formulées par les patients, de manière à faire valoir les améliorations susceptibles d’être apportées, le cas échéant. Avant de se voir confier cette mission, Christian Lecomte a suivi une formation à Toulouse, dispensée par l’Agence Régionale de Santé. Celle-ci porte principalement sur la présentation des droits et devoirs du patient et des soignants.

Actulot.fr et La Vie Quercynoise : Quelle perception avez-vous eu de la situation des hospitalisations, restée tendue plusieurs jours dans le nord du Lot, fin avril ?

Christian Lecomte : La situation n’a pas été la même dans tous les établissements hospitaliers et médico-sociaux du nord du Lot. Par exemple, à Sousceyrac, il n’a pas été enregistré de cas de Covid-19, ni même à Lacapelle-Marival.

Il conviendra à l’avenir de renforcer les précautions, dès lors qu’il y a place au doute, en se souvenant bien que les tests ne sont pas fiables à 100 %.

Que s’est-il passé à l’hôpital de Saint-Céré, où il a fallu appeler du personnel en renfort et délocaliser des patients ?

On ne peut imputer à personne, la responsabilité de ce qui s’est passé. La seule chose à mettre en cause, c’est la fiabilité des tests, dont l’un précisément est à l’origine de la dégradation de la situation. Il est communément admis que les tests sont fiables dans 70 % des cas, autrement dit, dans 30 % des cas, ils sont faux ! Et c’est ce qui s’est passé à Saint-Céré où un membre du personnel soignant, qui présentait quelques légers symptômes grippaux, a fait l’objet d’un test. Or, ce test s’est révélé négatif. Cette situation a donc entraîné un certain nombre de contaminations au Long séjour, au Moyen séjour et parmi le personnel soignant. Alors que le test aurait dû être positif, car l’état de la personne s’est avéré contagieux.

Que vous inspire cette situation ?

Cette situation rappelle l’importance du principe de précaution. Ce que nous venons de vivre, servira de leçon pour les prochaines épidémies, car on peut imaginer qu’il y en aura d’autres. C’est comme un coup de canon, qui oblige à mettre en place de nouveaux protocoles.

Qu’aurait-il fallu faire, pour éviter cette contamination ?

Avec le recul tout est facile ! Il s’agit d’une leçon pour l’avenir. Il aurait fallu que la personne faisant partie du personnel soignant, atteinte sans le savoir, par le Covid-19, soit préventivement tenue à l’écart, dès lors qu’elle présentait des symptômes suspicieux. Il convient donc de renforcer les précautions, dès l’instant où il y a place au doute, en se souvenant bien que les tests ne sont pas fiables à 100 %.

Par ailleurs, deux personnes ont également présenté les symptômes du coronavirus, alors que les tests ont été négatifs et ces deux personnes n’ont pas été contagieuses. Il est donc possible de présenter les symptômes de la maladie, sans pour autant la développer. Encore une fois, on ne peut pas se reposer à 100 % sur les résultats des tests !

Lorsqu’on a affaire à du personnel soignant, il faudra dorénavant prendre des précautions supplémentaires, car ce n’est pas parce que le test est négatif, encore une fois, que la personne n’a pas contracté la maladie, à partir du moment où elle présente des symptômes grippaux notamment… On peut à ce moment-là, isoler la personne de son contexte professionnel, en réitérant le test, sur plusieurs jours…

Au-delà de toute polémique, il reste à remercier tout le personnel soignant, les médecins pour toute l’humanité dont ils font preuve au quotidien vis-à-vis de l’ensemble des patients, et de la qualité de leur accompagnement auprès de ceux qui sont décédés. Leur empathie, leur solidarité sont exemplaires !

JEAN-CLAUDE BONNEMÈRE ActuLot

* Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes

1 commentaire pour “Le déclenchement du coronavirus à l’hôpital de St Céré

  1. jevouslis
    jeudi, 25 juin 2020 à 08:49

    La tension monte à l’hôpital de Saint-Céré. Après une plainte pour diffamation déposée par la direction de l’établissement contre Corinne Bornes, secrétaire générale de la CFDT, voilà qu’une secrétaire médicale porte plainte pour “mise en danger de la vie d’autrui”.

    Maria-Isabel Fernandes qui est aussi membre du CHSCT et déléguée du personnel à la CFDT dénonce “un manque d’encadrement, de matériel et d’information” pendant la crise du Covid-19. “Je me suis aperçue que le Coronavirus était présent dans l’hôpital au début du mois de mars, à l’Ehpad il y avait déjà 20 patients qui avaient de la fièvre la deuxième semaine de mars”, raconte-t-elle.

    Selon elle, la gestion a fait défaut et les mesures sanitaires de l’ARS ont été appliquées trop tard : “le personnel testé positif rentrait puis revenait, on a manqué de surblouse, les soignants étaient désespérés”.

    Le 23 avril, Maria-Isabel dit avoir ressenti les symptômes du Covid-19 : “J’étais très fatiguée, à la fin de mon service, je ne tenais plus sur mes jambes, j’avais du mal à respirer”.

    Elle assure avoir été testée positive au Covid-19 le lendemain. La secrétaire reste à l’isolement chez elle. Maria-Isabel se repasse le film, en boucle : “Psychologiquement, c’était très dur, j’ai touché des poches de sang dans les couloirs et des documents, j’ai culpabilisé d’avoir pu infecter quelqu’un d’autre, j’en ai fait des cauchemars”.

    Au même moment, un cluster est découvert à l’hôpital. Le bilan sera terrible : quatorze personnes décédées dont six à l’Ehpad et 25 personnels soignants infectés.

    Pour Maria-Isabel Fernandes pas de doute : elle a attrapé le Covid-19 à l’hôpital : “Je rentrais dans les chambres des patients sans savoir s’ils avaient le Coronavirus”.

    La secrétaire est toujours en arrêt maladie depuis. “Je suis devenue sourde d’une oreille à cause du Coronavirus et tachycarde”, glisse-t-elle. Le 9 juin, elle décide de porter plainte à la gendarmerie de Saint-Céré.
    “Une animosité pour la direction”

    L’enquête est en cours, l’affaire doit être instruite le 9 juillet par le procureur.

    Pour Frédéric Delmas, le directeur de l’hôpital ce n’est que “pure calomnie et diffamation”.

    “Cette personne n’est pas en contact avec les patients, elle est dans un service où aucun agent n’a attrapé le Covid-19, c’est un non-sens. On n’a jamais manqué d’équipements ni de protection individuelle, sur Facebook, cette personne a tenu des propos intolérables qui ont profondément choqué les soignants”, explique-t-il de son côté. Pour lui, “la majorité de la communauté hospitalière ne cautionne pas ces façons de faire, pour preuve, 110 personnes ont signé une pétition en faveur de l’hôpital”.

    Pour Pierre Plazanet, aide soignant et secrétaire du syndicat majoritaire FO, il y a dans cette affaire “une animosité pour la direction plutôt qu’une analyse de la situation” : “La crise a été bien gérée, les directives ont été mises en place en suivant celles de l’ARS, certes la situation a dérapé mais il ne faut mettre en cause ni le directeur ni les agents, moi j’estime que c’est la faute du gouvernement”. Christophe Ghunter, cadre santé du long séjour reconnaît que “les évènements sont arrivés très vite mais on a fait avec les moyens qu’on avait, ce cluster c’est la faute à pas de chance, on a été touché une semaine avant qu’on nous autorise à porter les masques avec la venue d’une soignante positive qui était porteuse saine”.
    Manon Adoue La Dépêche

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