Restos du cœur 50% des inscrits a moins de 25ans

.

Quand Coluche a créé les Restos du cœur en 1985, 70 000 personnes avaient été accueillies dans toute la France. Un chiffre qui a explosé durant la dernière décennie : pendant l’hiver dernier, plus de 860 000 personnes ont bénéficié de l’aide alimentaire sur le plan national. En trente ans, ce chiffre a largement décuplé.

Dans le Lot, depuis quelques années, il y a aussi une évolution des accueillis. Les personnes seules et âgées représentent en 2018, plus de la moitié des inscrits. Les familles monoparentales et les couples avec enfants correspondent, chacun, à 25 %. Un inscrit sur deux est un demandeur d’emploi. Mais la progression la plus inquiétante est celle des jeunes qui frappent à la porte des Restos : un accueilli sur deux a moins de 25 ans.

Pourtant, le Lot, département rural, possède peu de zones industrielles et ne comprend que des villes moyennes. Il s’aligne à présent aux statistiques des métropoles, des centres urbains et des anciennes régions manufacturières.

Si la précarité progresse dans l’Hexagone, la pauvreté gagne la France rurale. C’est le constat qu’établissent, avec le Secours catholique, les Restos du cœur. Mères ou pères de famille seuls, chômeurs, migrants, ils ont un revenu moyen encore plus bas que les autres. La pauvreté entraînant la rupture du lien social, ces personnes fragilisées deviennent de plus en plus isolées. Le diagnostic nous place dans la nécessité d’agir pour lutter contre les risques d’exclusion et d’amplifier les efforts afin de donner à chacun sa place dans la société.

À l’occasion du lancement de la 34e campagne d’hiver des Restos du cœur, rencontre avec Mathias Lucas, responsable départemental.

 

André Décup : Vous êtes le tout nouveau président de l’association des Restos du cœur du Lot…

 Mathias Lucas : J’en ai la responsabilité départementale depuis septembre dernier, après m’être occupé du centre de Gourdon pendant deux années. Contrôleur aérien dans la Marine Nationale pendant 32 ans, j’ai été heureux de retrouver en Bouriane, mes attaches familiales. À présent à la retraite, j’ai tenu à continuer à servir mon pays en faisant de l’humanitaire. Après une vie professionnelle dans l’Armée, je deviens aujourd’hui gestionnaire de cette association qui comprend 13 salariés et 400 volontaires. Ma fonction (bénévole) me prend cinq jours par semaine.

 

Il y a en France 2112 centres d’accueil des Restos du cœur. Combien y en a-t-il dans le Lot ?

Nous sommes une association Loi 1901, avec 19 centres d’activité (lieux d’accueil). Cahors et Figeac sont les principaux centres. Ils reçoivent à eux deux, presque la moitié des 4 800 personnes inscrites cette année dans tout le département. Les Restos du cœur sont présents à Gourdon, Gramat, Souillac, Martel, Bretenoux, Saint-Céré, Prayssac, Puy-l’Évêque, Luzech, Montcuq, Cazals, Labastide-Murat, Lalbenque, Limogne-en-Quercy, Catus, Castelnau-Montratier, Lacapelle-Marival.

Quelles sont les périodes d’ouverture ?

Les Restos du cœur sont ouverts les douze mois de l’année avec une campagne d’hiver de 16 semaines et une campagne d’été de 35 semaines. Le chiffre d’accueillis en 2017 (4 500) a connu une augmentation de 7 % en un an. Le nombre de bénéficiaires est en hausse et les ressources sont en baisse.

 

Vous êtes là pour apporter d’abord de l’aide alimentaire. Mais pas uniquement ?

Nous ne faisons pas que l’aide alimentaire. Nous voulons aussi renforcer l’aide à la personne par une participation à l’insertion sociale et économique ainsi qu’à toute action contre la pauvreté sous toutes ses formes : accompagnement scolaire, atelier de français, aide au logement, insertion de salariés dans les Jardins.

 

Comment se présente cette insertion de salariés ?

Le but est de réinsérer dans la vie des personnes désocialisées. Nous sommes pour beaucoup d’entre eux, le dernier rempart avant la rue. Le chantier d’insertion des Jardins de Bégoux (chemin de la Bourriette à Cahors, au bord du Lot) compte dix salariés en insertion et trois encadrants. Les jardiniers travaillent vingt heures par semaine et passent un contrat avec les Restos. Ils produisent des légumes qui ravitaillent les dix-neuf antennes du Lot, ce qui permet de réduire nos achats. Et au besoin, les surplus vont à d’autres associations caritatives.

 

Quelles sont vos autres sources d’approvisionnement ?

Les aides européennes, les achats des Restos du cœur (provenant des dons reçus) et les invendus des grandes surfaces. Ces derniers étant de moins en moins nombreux, nous sommes très dépendants de l’entrepôt des achats, donc du ravitaillement par les camions.

Par exemple, mon souci actuel est la recherche de fonds pour l’achat d’un nouveau camion Renault-Master pour mieux livrer depuis Cahors, les aliments dans tout le Lot. Si je ne réussis pas à trouver le financement nécessaire, je devrais réduire le nombre de centres à ravitailler en nourriture. Et ce sont des villages du Lot (donc les accueillis) qui en subiraient les conséquences.

 

Pour vous aider et vous soutenir, qu’aimeriez-vous dire aux Lotois ?

Les Lotois sont toujours aux rendez-vous de nos demandes d’aides. Ce sont des gens généreux en dons et produits alimentaires. J’ai envie en ce début d’année, de leur demander d’exploiter leurs capacités. J’ai envie de leur dire : soyez militants. Engagez-vous pour les autres. Plus on est nombreux, plus c’est facile. À côté de l’aide alimentaire, il y a plusieurs aides possibles. Vous pouvez nous aider en donnant tout simplement, un peu de votre temps.

Entretien réalisé par A Décup ActuLotLes besoins actuels pour le centre de Cahors

Manquant d’hommes pour la maintenance, les Restos recherchent des bénévoles masculins sur le secteur de Cahors pour aider à l’entrepôt, à recevoir et trier les marchandises. Si des bénévoles pour des fonctions de cadres à Cahors se présentent, sachez que la formation (à Toulouse ou Paris) est prise en charge par les Restos du cœur. Contact : ad46.rrb@restosducoeur.org

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.