Un Cadurcien participe à l’inventaire biologique et archéologique du Makay (Madagascar)

Engagé pour le compte de l’association Naturevolution, Gaëtan Deltour est intervenu en tant que responsable de mission scientifique. De passage à Cahors, il fait part à La Vie Quercynoisedes des travaux menés dans le cadre de cette mission, présentée dans nos colonnes, au moment de son lancement.

Cette mission scientifique transdiciplinaire a été menée en collaboration avec les ministères de l’Environnement, de l’Écologie, de la Mer et des Forêts, le ministère de la Culture et du Patrimoine, le ministère des Ressources Halieutiques et de la Pêche et l’Université d’Antanarivo. Elle intervenait dix ans après la première traversée de ce « monde perdu ». Elle s’est déroulée du 22 juillet au 2 septembre dernier, réunissant plus de 120 personnes.

De nouvelles espèces

Durant six semaines, chercheurs, étudiants français et malgaches, logisticiens, équipe de tournage, média et de nombreux écovolontaires ont contribué à l’inventaire biologique et archéologique du Makay, région en grande partie inexplorée. L’ensemble des observations et prélèvements allaient permettre de découvrir de nouvelles espèces, de recenser un certain nombre d’éléments, d’œuvrer à l’amélioration des connaissances concernant le Makay et participer ainsi à la protection de cette région unique et encore largement méconnue. Six semaines d’investigation qui étaient dédiées à l’étude des mammifères (lémuriens, carnivores et rongeurs), des oiseaux, des reptiles et des amphibiens mais aussi à l’étude d’une biodiversité plus « négligée » : poissons, insectes, crustacés, fougères, mousses…

Refuge d’une nature exceptionnelle, le massif abrite également un patrimoine archéologique inestimable : plus de 500 peintures rupestres ont déjà été découvertes. « Largement inexploré, ce « Lascaux » malgache a fait l’objet de prospection poussée, à la recherche de nouveaux trésors archéologiques » indique Gaëtan Deltour.

Doté d’une richesse biologique exceptionnelle mais victime d’une déforestation totalement incontrôlée, Madagascar fait partie des hotspots (aire géographique représentative de la richesse en biodiversité) de la planète. Isolé du continent africain, Madagascar suscite dans la communauté scientifique de nombreuses interrogations, particulièrement sur l’origine d’une partie de sa biodiversité actuelle. Dans le Makay, nous explique Gaëtan Deltour, « la déforestation avec les feux de forêt primaires est la principale menace sur la biodiversité aquatique, la pollution étant à ce jour inexistante ». Les sols des surfaces déforestées sont d’abord lessivés par les eaux de pluie, avant d’être soumis à une érosion non contrôlée. Les sédiments sont alors transportés par les cours d’eau en direction de la mer, et une bonne partie se dépose au fond de l’eau. Cette sédimentation a la fâcheuse conséquence d’amener au comblement progressif des lacs et des zones marécageuses, ainsi qu’à la réduction de la superficie des plans d’eau.

« Au final, cette érosion intense finit par causer des dommages au milieu aquatique du Makay, à sa faune, et donc aux échelons supérieurs de la chaîne alimentaire » souligne Gaëtan Deltour. Les écosystèmes côtiers situés près des embouchures, comme les mangroves et les récifs, sont également affectés par ce surplus de sédiments.

Le premier crabe du massif du Makay

« On pensait le Makay dépourvu de crustacés après les expéditions de 2010 et 2011… Mais il n’en est rien ! » nous confie Gaëtan Deltour. Durant l’expédition Makay 2017, différentes espèces ont été découvertes pour le plus grand plaisir des carcinologues (personnes qui étudient les crustacés). Un long travail reste à accomplir dans l’étude des crustacés du Makay. Aujourd’hui, des équipes de recherche malgaches, françaises et américaines travaillent à l’identification et à la description des spécimens récoltés durant la mission menée l’été dernier et devraient dans les prochaines années, voire les prochains mois, proposer un premier inventaire pour ce groupe.

« À la clef de nombreuses découvertes dans les neuf champs disciplinaires étudiés au cours de la mission : primatologie, mammalogie, ornithologie, herpétologie, ichtyologie, entomologie, carcinologie, botanique, archéologie. Et un constat : il faut agir vite pour protéger ce coffre-fort de biodiversité » conclut Gaëtan Deltour, qui s’illustre déjà en matière de protection de la biodiversite, à l’échelle de la planète.

JC Bonnemère La Vie Quercynoise

Le Makay

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