Les inégalités vécues par les enfants

Dans le cadre d’une consultation nationale lancée par l’Unicef, des enfants de 6 à 18 ans ont répondu à un sondage visant à renforcer leur participation citoyenne.

Le chômage, les inégalités territoriales, le harcèlement… autant de problématiques actuelles qui se répercutent sur le quotidien des enfants. Lancée en 2018 par l’Unicef, une consultation d’ampleur nationale a donné la parole aux enfants de 6 à 18 ans sur ces sujets. Labellisée «ville amie des enfants», Cahors fait partie des 200 villes françaises sélectionnées pour leur politique jeunesse qui y ont participé. Sur le territoire du Grand Cahors, 337 enfants y ont pris part dont 87 sur le secteur rural.

«Les enfants sont les adultes de demain. Le but de cette consultation est de préparer l’avenir», affirme le sociologue Serge Paugam qui l’a conduite. S’il ne s’agit pas d’une enquête «classique», la consultation a néanmoins «recherché la plus grande significativité statistique possible», assure-t-il. Le premier et principal constat relevé par le chercheur est «l’écart très fort» entre les zones urbaine et rurale dans presque tous les domaines.

 

Plus nombreux à avoir des parents touchés par le chômage, les jeunes du Grand Cahors sont également plus nombreux – proportionnellement – que les jeunes Français à connaître des privations matérielles et d’accès aux savoirs. Tandis qu’en France, 16,1 % des jeunes sont concernés par des privations matérielles, à Cahors, ils sont 17,6 % en zone urbaine et 23 % en zone rurale dans cette situation. De même les jeunes du Grand Cahors – a fortiori ceux vivant en zone rurale – sont plus nombreux à affirmer qu’il n’y a pas d’endroits pour jouer, faire du sport et des activités culturelles dans leur quartier ou leur ville.

Enfin, si les jeunes cadurciens entretiennent un rapport avec l’école plus proche que l’ensemble des jeunes, ils subissent néanmoins plus de moqueries (46 % dans le Grand Cahors contre 30,9 % en France).

Quel était le principal intérêt de cette concertation ?

Ce qui m’a plu c’est de pouvoir distinguer sur une agglomération l’urbain, du périurbain et du quasi-rural. Cela a permis d’attirer l’attention sur une question qu’on a parfois du mal à appréhender : celle des enfants vivant éloignés du centre urbain, qui ont des difficultés propres et qu’on a souvent du mal à saisir. Avec cette concertation, les parents vont se pencher non pas sur leur expérience personnelle mais sur celle de leur enfant.

Quelle conclusion en tirez-vous ?

Les résultats confirment qu’il y a des inégalités territoriales. Si on prend en compte l’ensemble des privations, ils sont en défaveur des enfants qui vivent en milieu rural.

Rien de nouveau dans ce constat…

Oui, mais ces inégalités territoriales ne cessent de s’aggraver. Il y a quelques années, il existait davantage de liens sociaux. Aujourd’hui, on trouve plus de cas d’isolement. Et les enfants en font aussi l’expérience.


Inégalités filles/garçons

Si à l’échelle nationale, les inégalités et les relations entre filles et garçons ont été particulièrement abordées, en revanche, sur le Grand Cahors, ces questions restent très secondaires dans les conclusions de la consultation. Un constat que Serge Paugam explique facilement : «Dans une situation d’inégalités territoriales, les garçons comme les filles sont désavantagés»

SergePaugam

Directeur de recherche au CNRS

Directeur d’études à l’EHESS

Caroline Peyronel La Dépêche

 

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