La beauté il y a 3 millions d’années

De ces peintures des grottes ornées, se dégage un sentiment de sacré comme à Pech-Merle, Cougnac et Rocamadour…

Le bouquetin rouge des grottes de Cougnac, près de Gourdon. L'artiste a utilisé les bosses et les draperies de la paroi...
Le bouquetin rouge des grottes de Cougnac, près de Gourdon. L’artiste a utilisé les bosses et les draperies de la paroi…

Pourquoi l’homme a-t-il orné les parois des grottes lors du dernier âge glaciaire ? De ces peintures se dégage un sentiment de sacré comme à Pech-Merle, Cougnac et Rocamadour.

La richesse et la diversité des sites souterrains du Lot ont fait sa réputation. Le Périgord et le Quercy sont deux régions d’Europe particulièrement riches en art pariétal. Pech-Merle dans la vallée du Célé, se trouve au centre d’une dizaine de grottes ornées, fermées au public pour la plupart. Se côtoient dans un même foisonnement, l’œuvre patiente de la nature, mesurable en millions d’années, et celle de nos ancêtres, il y a quelques dizaines de millénaires.

L’art des cavernes ne cesse de fasciner

Depuis leur reconnaissance il y a une centaine d’années, l’art des cavernes européen ne cesse de fasciner le monde entier. Les empreintes que l’homme y a laissé arrachent le visiteur au temps présent.

Habitués que nous sommes à l’échelle de l’histoire chrétienne, si les conventions naturalistes nous touchent, c’est surtout leur mystère qui explique notre fascination. Les témoins de cet art ont disparu et leurs secrets sont morts avec eux. Quelle est la signification de cet art essentiellement composé d’animaux ? Quelle est la spiritualité de l’homme de Cro-Magnon ?

Depuis trois millions d’années, l’homme est sensible à la beauté

Chez l’homme, la recherche de la beauté apparaît avec le premier humain d’il y a trois millions d’années. Cette émergence se fait dès que le cerveau franchit un seuil permettant de dépasser les seules stratégies de défense et d’alimentation. L’humain atteint alors un plus haut degré de réflexion, un niveau de conscience supérieur, une forme d’esthétique aussi. Il fabrique alors des « objets inutiles », comme des fossiles ou des minéraux choisis que pour leur forme ou leur couleur remarquables.

Dès que les premiers humains tapent sur une pierre avec une autre pierre, ils créent une troisième forme qui n’existait pas. Leurs gestes deviennent conscients des formes qu’ils inventent. Dès lors, la créativité humaine ne s’arrêtera plus. Par cette acquisition de la conscience de soi et des autres, de sa propre mort et de celle des autres, vont émerger la spiritualité et le sacré.

La grotte, antichambre du monde des esprits

La grotte va constituer la porte d’entrée vers ce monde des esprits ou des morts. À côté du monde physique existe un monde surnaturel. Certaines personnes sont entrées en contact avec les esprits qui peuplent ce dernier. Peut-être l’homme de Cro-Magnon a-t-il localisé ce monde de l’autre côté de la paroi rocheuse, la caverne jouant le rôle d’antichambre ?

Les artistes étudiaient les bosses et les creux de la paroi afin d’y découvrir des indices de la présence d’esprits animaux. Cela expliquerait pourquoi les animaux peints ou gravés profitent si souvent du relief naturel de la roche.

Les peintures mènent à une interrogation

C’est chaque fois un choc esthétique que l’on ressent en observant les panneaux ornés des grottes.

Notre dépaysement est total. À Cabrerets, les animaux de la grotte de Pech-Merle sont merveilleux, mais certains d’entre-eux ont des proportions qui surprennent. Cela a un sens qui interroge.

Cela signifie qu’il y a, au-delà du réalisme, « autre chose ». Car le peintre, même d’il y a 25 000 ans, était trop bon artiste pour se tromper ! Il n’a pas agi par étourderie.

Cette « extase » que nous percevons, est tout à fait similaire devant des œuvres de maîtres, celles de Picasso ou de Van Gogh. C’est la marque de très grands artistes que d’être capables de générer ce sentiment : savoir transmettre une émotion. Ils ne peignaient pas non plus n’importe quel animal mais un animal qui avait un rôle précis dans l’histoire du mythe qui défilait sur les parois de la grotte. Cette liberté que les auteurs se sont permis de prendre avec les bêtes qu’ils dessinaient témoigne d’une vraie perception de ce que sont l’art et la beauté.

Les animaux jouent le rôle de passeurs vers un au-delà

Un autre sentiment qui nous étreint dans les cavités souterraines à images est le respect et même la peur en certains endroits du sanctuaire où, lorsqu’on est entouré par les animaux, on éprouve la sensation d’être entraîné malgré soi par ces bêtes qui jouent le rôle de passeurs vers un autre monde, vers un au-delà. C’est la force et la magie de la grotte.

La grotte ornée, lieu sacré d’une société nomade

Pech-Merle comme d’autres grottes ont tenu lieu de sanctuaires aux hommes de la préhistoire, même si on ne sait rien des croyances qui ont prévalu à son ornementation. On ne connaîtra vraisemblablement jamais le contenu exact des mythes qui sont racontés sous forme de peintures et de gravures.

Outre le calme et le silence, l’atmosphère recueillie et sereine, inhérents au milieu souterrain, les symboles nombreux et complexes inscrits sur les parois sous forme d’animaux et de signes concourent à cette impression de sacré. C’est la même qui vous saisit dans une église, un temple, une synagogue ou une mosquée, même si vous n’êtes pas croyant. Ce sentiment de se trouver dans un lieu sacré touche tous ceux qui s’y rendent, tous baissent la voix lorsqu’ils y entrent.

« La grotte-temple de Pech-Merle, nouveau sanctuaire préhistorique » est le titre qu’a choisi en 1929, le préhistorien-archéologue Amédée Lemozi (prêtre Lotois 1882-1970), curé de Cabrerets de 1919 à 1962, pour son ouvrage relatant sa découverte des peintures des grottes de Pech-Merle en 1922.

Une sorte de pèlerinage à des moments importants de l’année, ou liés à des âges et des rites de passage

De son côté, l’abbé Breuil, lui aussi archéologue (1877-1961), « le pape de la Préhistoire » qui le premier a reconnu la valeur des œuvres de Lascaux, l’a dénommée en découvrant la grotte de Pech-Merle, « la Chapelle Sixtine des Causses du Quercy ».

Un lieu sacré dans une société nomade, cela signifie qu’il s’agissait d’un lieu de convergence, peut-être saisonnière, d’une sorte de pèlerinage à des moments importants de l’année, ou liés à des âges et des rites de passage. Peut-être des rites dansés et chantés s’y déroulaient dans ces absides souterraines décorées. Le fait que subsistent des empreintes de pas dans certaines cavités ornées va dans ce sens, tout comme (selon les résultats de scientifiques) le fait que certaines zones ornées sont celles où la résonance sonore est la meilleure.

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