Sept scientifiques s’opposent à l’unité de méthanisation de Gramat

A l’heure de la mise en route d’un méthaniseur industriel qui va traiter 65 000 tonnes de déchets par an, sept scientifiques de renom signent une tribune dans La Vie Quercynoise.

Gilles Delluc, Dr en médecine spéléo et Dr en Préhistoire, Brigitte Delluc, Dr en préhistoire, Pierre-Yves Demars (Brive) Préhistorien CNRS Brive, Michel Lorblanchet, CNRS St-Sozy, Mathieu Langlais (université Bordeaux-CNRS), Jean-Christophe Castel, paléontologue du Musée de Genève (recherches en Quercy), Michel Philippe (Musée de Lyon) paléontologue- recherches en Quercy, signent une tribune commune.

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Une structure industrielle très polluante.

Un gros méthaniseur industriel qui va traiter 65 000 tonnes de déchets par an, s’installe à Gramat. Les déchets qu’il traitera proviendront de 5 départements dans un rayon de 150 km ; ces déchets comprendront des déchets de restaurations collectives, d’élevages industriels, de laiteries, de stations d’épuration et probablement des déchets d’abattoirs etc. qui contiennent des matières polluantes (métaux lourds, perturbateurs endocriniens, germes, pesticides, produits chimiques, médicaments, éléments minéraux et organiques très divers…). Un autre méthaniseur industriel un peu plus petit se développe également sur le causse de Martel à Mayrac : il traitera seulement 20 000 tonnes de déchets de toutes sortes par an, mais épandra lui aussi ses digestats sur le causse de Martel.

Avec ces déchets, les méthaniseurs de Gramat et Mayrac produiront du méthane et de l’électricité et un sous-produit le digestat présenté comme un « fertilisant », qui va être épandu sur 4000 hectares de causse au cœur du parc naturel des causses du Quercy et 800 ha du causse de Martel.

Une inquiétude des habitants et utilisateurs de cette région naturelle

Les digestats sont des résidus fluides qui s’infiltrent immédiatement dans les sols et sous-sols…. La région calcaire des causses est un milieu particulièrement vulnérable déjà victime des épandages du lisier des élevages industriels qui provoquent l’expansion extraordinaire de la végétation aquatique dans le lit de la Dordogne, du Célé et de leurs affluents ainsi que des pollutions d’eau potable enregistrées notamment à Cahors au printemps 2017.

D’autres méthaniseurs industriels sont en projet dans d’autres secteurs du Quercy

Les risques de pollution de notre région karstique sont immenses : une opposition citoyenne locale s’organise. Des spéléologues, hydrogéologues et géologues se sont déjà exprimés dans des conférences (à Gramat, Livernon, Cahors) et dans des articles dans les journaux régionaux (notamment dans « la Vie Quercynoise ») des groupements de citoyens se sont dressés contre ces épandages en milieu karstique (tels le GADEL, groupement des associations de défense de l’environnement du Lot), le Collectif de Gramat, l’association l’AMIE à Montvalent (Alerte Méthanisation Industrielle-Environnement).

Des préhistoriens et paléontologues effectuant des recherches dans notre région s’inquiètent à leur tour et posent les questions suivantes :

– l’épandage de digestats brut contenant des éléments polluants très divers vont-ils polluer seulement les eaux souterraines, les rivières et les adductions d’eau potable ?

N’y -a-t-il pas également un risque de pollution des couches archéologiques et des gisements préhistoriques qui abondent dans notre région calcaire ? Plusieurs d’entre eux, dont par exemple la grotte ornée des Merveilles et la grotte de Sirogne (Rocamadour), le site mésolithique du Cuzoul de Gramat (site éponyme de « l’Homme de Gramat »), le site moustérien du Mas Viel (St Simon), la grotte de Pradeyrol (Caniac-du-Causse) qui a fourni les vestiges parmi les plus anciens de France et de notre région, se trouvent au milieu ou à proximité immédiate des zones d’épandages… Disposons-nous des informations scientifiques suffisantes pour affirmer qu’ils ne risquent rien ? ni dans l’immédiat ni dans le futur ?

De nombreux avens-pièges contenant des vestiges d’animaux disparus permettant aux paléontologues de reconstituer l’histoire de notre région et de son environnement se trouvent également au cœur des épandages. Quelle garantie avons-nous qu’ils seront indemnes de toute pollution ?

Le principe de précaution nous rappelle que nos causses sont un extraordinaire réservoir de gisements préhistoriques et paléontologiques dont beaucoup restent encore à découvrir et à étudier : les épandages de digestat ne risquent-ils pas d’avoir des conséquences plus ou moins lointaines sur la conservation des vestiges et de compromettre leurs futures études ?

La plupart des gisements préhistoriques et paléontologiques sont situés près de la surface des causses ; ils sont particulièrement vulnérables.

Nous, préhistoriens et paléontologues, posons la question de la pollution éventuelle des couches archéologiques et paléontologiques par les infiltrations des épandages de digestats. Nous demandons quel sera l’impact des infiltrations des produits chimiques, organiques et minéraux apportés par les digestats dans les gisements et des ruissellements d’eau polluée qui peuvent s’en suivre sur les parois des grottes ornées ? Les grottes ornées renferment également des sédiments contenant des vestiges archéologiques qui doivent être protégés au même titre que les parois.

Toutes les grottes ornées sont classées Monument Historique. Leur « périmètre de protection » prévu par la loi est-il toujours respecté ? D’ailleurs ce « périmètre », suffit-il à garantir leur protection définitive contre les épandages de digestat ? Quelle pertinence peut avoir la notion théorique de « périmètre de protection » dans un milieu karstique, si ce périmètre est fixé de façon arbitraire à 500 m et s’il n’est pas déterminé au cas par cas par une étude d impact préalable de chaque secteur d’épandage, prenant en compte toutes les données géologiques, hydrogéologiques, spéléologiques et archéologiques ?

Quels seront les impacts des infiltrations de digestats sur les multiples analyses physico-chimiques que comportent les études scientifiques actuelles des gisements (datations radioactives de charbons et ossements absorbant l’humidité ambiante, ou datations de calcites et concrétions, analyses polliniques des sédiments etc.) ?

Gilles Delluc Dr en médecine spéléo Dr en Préhistoire – Brigitte Delluc Dr en préhistoire – Pierre-Yves Demars (Brive) Préhistorien CNRS Brive – Michel Lorblanchet directeur de recherches CNRS retraité, spécialiste des grottes ornées du Quercy St -Sozy – Mathieu Langlais CNRS (Laboratoire PACEA UMPR 5199 université Bordeaux-et SERP université de Barcelone) – Jean-Christophe Castel paléontologue du Musée de Genève (recherches en Quercy) – Michel Philippe (Musée de Lyon) paléontologue- recherches en Quercy).

4 commentaires pour “Sept scientifiques s’opposent à l’unité de méthanisation de Gramat

  1. mardi, 13 février 2018 à 11:58

    Comment les décideurs peuvent-ils encore parler de démocratie quand des projets de cette ampleur sont menés sans l’accord des la population concernée, sans respect pour un environnement particulier et fragile ainsi qu’en témoignent les spécialistes ?

  2. jevouslis
    mardi, 13 février 2018 à 19:30

    Huguette Tiegna: Question au parlement à propos du projet méthanisation à Gramat:

  3. jean pierre j
    mercredi, 14 février 2018 à 07:25

    Je me permets de conseiller à Madame Tiegna de bien relire les conseils pour la visite du gouffre de Padirac :Température, météo. Comment s’habiller, se chausser ?

    “Le Gouffre de Padirac est comme tous les gouffres : il y a la climatisation mais elle est réglée sur 13°C toute l’année. Très appréciable en cas de forte chaleur ou de canicule, mais aussi en cas de pluie ou lorsque la météo est plus capricieuse. Vous l’aurez compris : il faut prévoir un haut à manches longues, voire un vêtement imperméable si les jours précédents ont été pluvieux. Les infiltrations sont plus nombreuses et “il pleut” dans les galeries du Gouffre de Padirac. Pour les chaussures, prévoyez des chaussures de marche, des baskets ou des chaussures de randonnée, car vous allez parcourir un sol constamment humide.”

    Dans les galeries et fissures du calcaire karstique, sous les sites d’épandage, il va donc “pleuvoir” après le passage des perturbations pluvieuses, et l’eau aura emporté directement ce qui a été épandu sur le sol, en provenance du méthaniseur. C’est aussi simple que cela, nos députés et notre administration préfectorale peuvent le comprendre sans probléme particulier. Nicolas Hulot aussi, je n’en doute pas….

  4. jevouslis
    mercredi, 28 mars 2018 à 11:23

    Une opération de blocage du site de Bioquercy à Gramat se tenait ce matin 28 mars, aux portes d’accès du méthaniseur, alors que deux agriculteurs étaient entendus en gendarmerie. Alors que deux agriculteurs doivent être entendus ce mercredi 28 mars et jeudi 29 mars, pour l’action d’occupation du Méga-méthaniseur de Gramat, le 15 décembre dernier, lors de la délocalisation historique de Matignon dans le département, une opération de blocage du site de Bioquercy se tenait ce matin 28 mars à Gramat, aux portes d’accès du méthaniseur.

    La Confédération paysanne est en première ligne sur ce dossier d’opposition à l’épandage de digestat brut en même temps que plusieurs associations et des scientifiques se sont exprimés à maintes reprises, pour alerter l’opinion publique contre les « risques que fait encourir ce procédé » en termes de santé publique et de préservation de la ressource en eau.

    La Confédération paysanne rappelle : « La Confédération Paysanne du Lot rappelle qu’elle mène une action de lanceur d’alerte, non violente, et sans effraction puisque le site n’était pas sécurisé. Elle dénonce les risques majeurs de pollution des eaux souterraines, liés à l’épandage massif de digestat contenant des déchets d’abattoirs et des boues de station d’épuration, pollutions mettant en danger la santé des citoyens et les milieux naturels. La Confédération Paysanne du Lot appelle l’État à faire face à ses responsabilités.

    Deux paysans sont entendus respectivement ce mercredi 28 mars et jeudi 29 mars à la gendarmerie de Livernon. La Confédération paysanne a organisé un rassemblement de soutien pour réaffirmer ces positions sur ce dossier sensible.

    La Confédération Paysanne du Lot a occupé le site du méthaniseur de Gramat et bloqué son accès vendredi 15 décembre 2017 de manière non-violente, dans le respect des personnes et du matériel, et sans effraction puisque le site n’était pas sécurisé.

    Suite à cette action qui s’est déroulée sans heurt, la société BioQuercy a porté plainte pour dégradation et violation de propriété privée. Nous dénonçons le danger des épandages de déchets issus de ce méthaniseur industriel géant (déchets d’abattoirs, boues de station d’épuration) sur la qualité des eaux souterraines et la santé publique, particulièrement sur les sols karstiques du causse.

    Nous dénonçons aussi les problèmes de sécurité du site « danger d’incendie et d’explosion » selon les employés du site, que nous aurions mis en péril avec le déploiement d’une banderole en plastique. Nous rappelons que lors de notre action, aucune barrière n’empêchait l’accès au site et aucun panneau ne prévenait du danger.

    Nous demandons que seules des ressources locales soient méthanisés à Gramat. Nous demandons aussi que des analyses, accessibles à tous les citoyens, soient effectuées sur tous les lots de digestats avant épandage, ainsi que la transparence sur les lieux d’épandages et les volumes épandus.

    Le récent arrêté d’interdiction d’exploitation pris par la Mairie de Montvalent sur le site de stockage montre la légèreté avec laquelle l’État suit ce dossier. Que ce soit sur la sécurité du site principal et des sites de stockages, ou sur la mise en œuvre des plans d’épandages, avec des épandages en plein hiver, les règles ne sont clairement pas respectées !

    La Confédération paysanne du Lot n’entend pas cesser sa lutte contre cette unité de méthanisation, et continue de se mobiliser pour préserver la santé de tous les citoyens lotois. Elle poursuivra ses actions et ses recours juridiques. Elle appelle les citoyens à la soutenir, en participant aux manifestations et en faisant un don à l’ordre des « Amis de la Conf » pour couvrir les frais juridiques (don déductible des impôts). »
    jean-claude.Bonnemère La Vie Quercynoise

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