Réflexions sur l’intérêt de la LGV Bordeaux-Toulouse pour les Lotois

À l’horizon 2032, la nouvelle ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse sera mise en service, et le Lot va en bénéficier. Face à la vétusté de la ligne POLT (Paris Orléans Limoges Toulouse), les Lotois vont-ils y trouver leurs comptes ?

Rejoindre Paris en train depuis le département du Lot n’est pas une mince affaire. La ligne POLT (Paris Orléans Limoges Toulouse) s’essouffle (retards, trains supprimés…). Alors, la création d’une ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse semble être la bienvenue pour aller plus rapidement à la capitale. Dans le Lot, il faudra récupérer cette ligne via le hub de Montauban, en gare de Bressols. 

Un avantage mitigé

Pour les cantons du sud et pour Cahors, c’est une aubaine. Ils sont en effet très proches de Montauban, qui grâce à la LGV ne sera plus qu’à trois heures de Paris. À cela, il faut bien sûr rajouter la correspondance reliant Cahors à Montauban, et compter 3/4 d’heure de trajet supplémentaire. Cela, évidemment, sans les éventuelles attentes en gare de Montauban.
Malgré tout, de précieuses minutes pourront être gagnées puisque actuellement Cahors se trouve à 5h24 de Paris. 

Le refrain n’est pas le même pour les territoires du Figeacois ou du nord du Lot, qui sont très éloignés de Montauban. Si l’on prend l’exemple de Souillac : 120 kilomètres séparent cette ville lotoise de la gare de Montauban. À ce train-là, les voyageurs de POLT eux ont déjà dépassé Limoges. Et en plus, il leur faudra un total de 4h40 pour gagner Paris ; contre un trajet de 4h34, via la nouvelle LGV. 

Il faut, aussi, noter que les billets seront plus chers pour la LGV, alors que la ligne POLT va continuer de proposer des tarifs plus attractifs, et « il n’en sera pas autrement », affirme Jean-Noël Boisseleau, expert ferroviaire et vice-président de l’association Urgence Ligne POLT. Aujourd’hui, pour un aller-retour Cahors-Paris (495 kilomètres en train), en s’y prenant à l’avance, il est possible de s’en sortir pour 40 euros. Si l’on prend l’exemple de Guingamp (Bretagne) où il y a 497 km, le prix d’un aller-retour jusqu’à Paris en TGV s’élève en moyenne autour des 85 euros.

Un ou plusieurs milliards ?

14,3 milliards d’euros sont mis sur la table pour la construction de cette nouvelle LGV, dans le cadre du Grand Projet Ferroviaire du Sud-Ouest. Mais alors, qui financent quoi ? L’État participe à hauteur de 40% et l’Union Européenne 20%. Les 40% restants sont financés par les collectivités locales d’Occitanie et Nouvelle Aquitaine. Dans tout ça, le Lot compte mettre environ 29 millions d’euros dans ce projet. Les travaux seront engagés dès 2024, et les premiers trains verront le jour en 2032, au plus tôt.

 

En attendant, les Lotois sont donc forcés d’utiliser la ligne POLT, plutôt vétuste. « Il est regrettable qu’elle n’ait pas été intégrée au Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest », avoue Jean-Noël Boisseleau. Il faudrait remoderniser entièrement cette ligne. « On a fait le minimum sécuritaire, mais aucun entretien réel n’a été engagé. Maintenant, tout se déglingue en même temps », regrette-t-il. Pourtant, selon des études de l’association, il suffirait d’1 milliard d’euros pour remettre la ligne POLT correctement en route et régler, pratiquement, tous les problèmes. « C’est l’épaisseur d’un trait pour l’État et les collectivités territoriales », affirme l’expert, surtout comparé à ce qui est engagé pour la nouvelle LGV. Jean-Noël Boisseleau insiste sur ce point : avec un matériel plus performant sur la ligne POLT, un gain de temps se ferait déjà ressentir. Les estimations d’Urgence Ligne POLT montrent qu’avec des travaux, Cahors pourrait relier Paris en, à peu près, 4h30.

Aouregan Texier  ladepeche.fr